MISSION ANTARCTIQUE

A l’heure du réchauffement climatique et de la fonte des glaces, le dernier continent vierge de la planète se découvre peu à peu de son épais manteau blanc.

Peut-être révélera-t-il les vestiges d’une antique civilisation et bouleversera nos livres d’Histoire ? En tout cas, c’est ce qu’espèrent les partisans de la théorie de Charles Hapgood qui pense que l’Atlantide ne serait rien d’autre que… le Pôle Sud.

Pour info, ce cher Hapgood a théorisé le glissement de la croûte terrestre dans un livre préfacé par Albert Einstein, mais c’est une autre histoire (enfin les deux histoires sont un peu lié quand même).

Si vous voulez en savoir plus, regardez donc le film catastrophe de Roland Emmerich : 2012.

Revenons à nos blancs moutons : Absurde donc que cette théorie d’Hapgood. M’enfin, pourquoi pas après tout. On en découvre tous les jours.

D’autres n’ont pas attendu que le continent glacé soit nu pour y apercevoir des pyramides de la même configuration que celle de Gizeh en Egypte (euh, ce n’est pas juste une montagne photoshopée ???).

Ce continent mystérieux, très peu exploré depuis sa découverte au XVIIIe siècle, est une mine d’or pour l’imaginaire SF et fantastique (STARGATE SG-1, ALIEN VS PREDATOR, X-FILES LE FILM FIGHT THE FUTURE …) et fait l’objet de nombreux fantasmes (dans la ligne de mire de la théorie du complot, les derniers nazis y seraient réfugié, on y observerait comme partout ailleurs des OVNIS, mais surtout il y aurait une ouverture vers le monde de la Terre Creuse !).

X-Files le film
Alien VS Predator
Avant-poste des Anciens (Stargate-SG1)

Mais au fait, sommes-nous certains que ce continent ait été découvert il y a seulement 2 siècles ? A en croire les cartes de Piri Reis et d’Orontius Finaeus (XV-XVIe siècle), la connaissance de l’existence d’un continent plus au sud de l’Afrique serait bien plus ancienne. Info ou intox ?

Carte de Piri Reis (1513)
Carte d’Orontius  Finaeus (1531)

Bref, l’Antarctique n’arrête pas de nous faire rêver, même s’il y fait un froid à y perdre un pied. 🙂

Tschuss !

CHAPITRE 15: CLAY HILL

Agnès venait d’arriver à l’aéroport d’Édimbourg. Après un trajet en train de Tours à Paris, elle avait pris l’avion pour faire une courte correspondance à Londres, pour finalement arriver en Ecosse. Un chauffeur l’y attendait avec une pancarte à son nom. Récupérant ses bagages, elle prit place à l’arrière d’une berline noire qui, à sa grande surprise, l’emmena après deux heures de route dans un petit aérodrome, dans le nord de l’Ecosse. Un jet privé avait spécialement été affrété pour elle et un autre homme. La destination : une ville nommée Clay Hill. Elle est située précisément sur une île au milieu du triangle formé par les archipels des Orcades, Féroé et Shetlands, plus au nord encore de l’Ecosse. Cette île mystérieuse n’était autre que l’île Noire.

Agnès pensa que c’était l’occasion d’en savoir plus, car le chauffeur de la berline avait été pour ainsi dire très peu loquace. Elle n’en sut hélas pas d’avantage sur Hexagon Industries et le fameux Orsino Somboli. L’homme avait été également contacté de la même manière mis à part l’épisode de l’homme au mouchoir blanc. Il se posait les mêmes questions qu’elle. Il lui avait appris cependant deux choses importantes : l’île sur laquelle on les emmenait n’existait sur aucune carte. Et étonnamment, ni l’un ni l’autre n’arrivait à se souvenir du contenu du CD, ni la raison pour laquelle il leur avait paru important, presque vitale d’accepter la proposition de cette société. Ils avaient pourtant tout abandonné pour se rendre au bout de l’Europe septentrionale, dans un coin que personne ne connaissait, où personne n’aurait eu l’idée de venir les chercher. Ils leur étaient néanmoins impensables de vouloir retourner chez eux. Ils ne voulaient pas. Ils ne le pouvaient pas. Ils étaient poussés par la curiosité et par une force indéfinissable. Ce qui renforçait le mystère et leur intérêt pour toute cette affaire.

Ils firent connaissance durant le vol. Elle sut qu’il s’appelait Peter Silverstein et qu’il venait du Texas aux Etats-Unis où il exerçait en tant que physicien nucléaire. Il était deux fois divorcé et avait eu deux enfants du premier mariage. N’ayant pas obtenu leur garde, il se plaignait de payer une pension alimentaire exorbitante et maudissait sa première femme.

C’était un homme exubérant quand il parlait. Il ne cachait aucun détail de sa vie privé. Il avait un léger embonpoint et une tête ovale comme un œuf. Son accoutrement ne choquait pas sauf sa ceinture avec une grosse boucle en fer qui détonait avec le reste. Il n’était pas resté insensible au charme de la belle Agnès et le lui avait fait comprendre. Elle avait repoussé gentiment ses avances.

Lorsqu’ils arrivèrent enfin à destination, le soleil commençait à se coucher. Ils pouvaient apercevoir à travers les hublots de l’avion, les immenses falaises de granite noir de l’île. Elles culminaient en effet à plus de deux mille mètres au-dessus des flots et formaient comme un mur infranchissable. Ils n’avaient jamais vu pareil spectacle de toute leur vie. Le jet fit le tour de l’île pour finalement s’engouffrer dans un large et profond canyon au fond duquel il y avait une piste d’atterrissage. La manœuvre était fort difficile à cause des vents forts et de l’étroitesse relative du couloir. La nuit étant tombée, ils n’avaient pas remarqué que le canyon débouchait sur un immense cirque occupé par d’immenses bâtiments circulaires et tubulaires en verre dont les charpentes étaient des toiles de tiges d’acier trempé. Leur aspect était très futuriste.

Le peu qu’ils en avaient pu voir, ils avaient compris tous les deux que cette île, qui n’existait sur aucune carte, était exceptionnellement grande, bordée de falaises abruptes noires et hautes comme des montagnes, recouverte par endroit d’une épaisse forêt.

L’avion atterrit. L’air était plutôt frais et très humide. Ils virent de loin, stylisé sur la façade vitrée la plus large et la plus centrale d’un des dômes de verre, un dragon à cinq têtes crachant du feu. Ça devait être l’emblème de l’île. On pouvait lire aussi en grand :

KING ARTHUR PENDRAGON AIRPORT

Ils descendirent et furent accueillis par un homme élégamment vêtu. Il était trapu, de taille moyenne avec le haut du crâne dégarni. Il s’adressa à eux d’un air très enjoué :

– Je suis Orsino Somboli, PGD de Hexagon Industries. Je suis ravi de faire enfin votre connaissance. Docteur Strofimenkov, docteur Silverstein, bienvenue à Clay Hill sur l’île Deslimbes.

Ils lui serrèrent la main. Fatigués par leur long voyage respectif, l’excitation les maintenait tous deux éveillés aussi efficacement que la caféine. L’aventure ne faisait que commencer pour eux. Ils trouveraient enfin tout ou une partie des réponses à leurs questions.

Il y avait une vingtaine d’autres jets de toutes tailles sur le tarmac. Ils le traversèrent avec hâte car il y avait beaucoup de vent. Orsino les questionnait  sur le temps et les nouvelles de leur pays respectifs. Quand ils arrivèrent enfin dans la salle des arrivées, ils réalisèrent que ce n’était pas un banal aérodrome de campagne mais que la construction était digne d’un aéroport international. Il était vaste, moderne, aussi futuriste que l’extérieur le présageait. En dépit du fait qu’il était une heure tardive de la soirée, il y avait beaucoup d’agitation et pas mal de monde. Mais si certains étaient majoritairement habillés à la mode occidentale ou d’autres coins de la planète, d’autres avaient des accoutrements franchement étranges. Comme s’ils sortaient tout droit de l’époque préindustrielle revisitée. Il y avait des capes en cuir, des redingotes, des fanfreluches, des hauts de forme, des combinaisons sobres ou parfois très colorées. Ils avaient l’air de venir à la fois du passé et du futur. La scène était complètement folle et anachronique.

C’est comme si l’avion les avait débarqué dans un monde parallèle.

Agnès et Peter ne savaient plus où donner de la tête. Il y avait des indications holographiques qui apparaissaient et disparaissaient dans tous les sens et dans plein de langues différentes, dont la quasi-totalité leur était inconnue. Mais aucun des noms qui s’affichaient sur les écrans pour les arrivées ou les départs ne leur étaient familiers.

Ils étaient ébahis et posaient des tas de questions sans en attendre les réponses :

« Pourquoi un si grand aéroport pour une île inconnue ? Où vont tous ces gens ? D’où viennent-ils ? Où sont les avions de ligne ? Ils ne prennent quand même pas tous les jets ? C’est où ça, Rosto, Gondar, Ys, Rungholt… ?  Astroport 2, plateformes d’embarquement 17… ?»

Agnès, pourtant, appuya l’une de ces questions :

– L’île appartient-t-elle au Royaume-Uni ?

– Non… ! Hum, pas depuis cinq siècles au moins, avait réfléchi le PDG d’Hexagon Industries.

– Je parie que le gouvernement américain est derrière tout ça, avait interrompu Peter.

Orsino marchait d’un pas assuré, il avait une légère avance sur ses invités mais ne perdait rien de ce qu’ils disaient :

– Le gouvernement américain n’a rien à voir là-dedans, ni aucun autre d’ailleurs.

– Des milliardaires de je-ne-sais quelle société secrète, alors ?

– Non plus.

– Mais alors d’où peut bien provenir tout l’argent qui a permis à construire toutes ces installations ? demanda-t-il encore.

Agnès et Peter ne s’étaient pas rendu compte, mais ils étaient arrivés dans une annexe de l’aéroport et n’avaient toujours pas récupéré leurs valises. Cela ressemblait à une station de métro. Orsino s’arrêta net au niveau du quai devant des écrans transparents qui empêchaient visiblement les voyageurs d’aller sur le monorail. Une navette à sustentation magnétique et en forme de baguette entra aussitôt en gare. Les portes s’ouvrirent en coulissant de haut en bas, et les barrières transparentes des quais se perméabilisèrent. Il les invita à prendre place dans la navette.

Avant le démarrage, une voix désincarnée claironna :

KING ARTHUR PENDRAGON AIRPORT STATION

BIENVENUE A BORD

WELLCOME ABOARD

Il répondit enfin à la question de Peter :

– Question pertinente. Pour tout vous dire, nous ne sommes financés par personne…sur Terre.

L’engin filait maintenant à toute allure vers le centre-ville de Clay Hill. Il y avait en plus dans la cabine une petite famille et trois couples avec le même type d’habits étranges. Mais Agnès et Peter n’y prêtaient guère attention. Ils étaient restés bouche-bée plusieurs minutes face à la réponse sans équivoque d’Orsino, attendant peut-être que ce dernier finisse par avouer que c’était une plaisanterie. Agnès réagit enfin:

– Comment cela, pas sur Terre ? Ils ne sont quand même pas sur Mars ? Est-ce que c’est pour cela qu’il y a un astroport ?

– Eh bien, ils en auraient les moyens, avait-il répondu du tac-o-tac.  Mais non, pas de Mars, pas de cet univers en fait.

Les deux se regardaient avec de grands yeux.

– Monsieur Orsino, excusez-moi, mais allez-vous enfin nous expliquer ? demanda gravement Peter. Pour ma part, j’ai fait des milliers de kilomètres sans savoir pourquoi. Je sais juste que c’est très important et qu’il fallait que je vienne et j’ai besoin d’avoir des réponses.

Agnès acquiesçait. Orsino se permit de poser la main sur l’épaule du physicien.

– Ne vous inquiétez pas, demain vous saurez tout, c’est promis. Mais ce soir, vous êtes fatigués et ce serait tellement long expliquer. Vous avez fait un très long voyage tous les deux. Vous dormirez à l’hôtel cette nuit où vous attendent vos valises.

– J’ai une dernière question.

– Oui ?

– Est-ce que vous venez chercher toutes vos recrues à l’aéroport ?

– Ahahaha. Non, bien-sûr que non. Vous êtes les deux derniers que nous attendions. Alors je me suis dit que ce serait pas mal de venir vous cherchez en personne. Une limousine conduit par un parfait inconnu en plus du jet aurait été trop impersonnel.

Il leur fit un clin d’œil.

– C’est pas sûr que la limousine m’aurait déplu, chuchota Peter.

La navette ralentissait. Sur son monorail aérien qui surplombait la ville illuminée, on pouvait voir à travers les vitres qu’elle était tout ce qu’il y avait de plus normal. Elle ressemblait à une ville de taille moyenne du nord de l’Europe. Ils aperçurent au loin dans la nuit noire, où devait se situer l’aéroport, des boules de lumières vives montés en piquet comme des flèches dans le ciel et disparaître subitement, alors que d’autres apparaissaient dans les nuages comme par magie pour descendre en piquet vers l’aéroport tout aussi vite. Ce ballet lumineux les hypnotisait, mais ni l’un ni l’autre n’osèrent poser de question à Orsino sur ce phénomène…d’OVNI.  Puis l’engin s’engouffra dans un tunnel sous-terrain pour entrer enfin en gare :

CLAY HILL CITY HALL STATION

ASSUREZ-VOUS DE N’OUBLIEZ AUCUN BAGAGES

PLEASE, DON’T FORGET YOUR LUGGAGES

Avait signalé la voix désincarnée.

Avant de les laisser, Orsino avait rajouté :

– Je vous attends demain à 10H pour un débriefing complet. Ça sera votre journée d’intégration. Il y aura aussi une visite médicale pour s’assurer que vous êtes en bonne santé. Une voiture viendra vous chercher à 9H30.

Sans donner plus d’explications, la navette était repartie avec lui à son bord. Ils étaient restés là sur le quai, sans comprendre ce qui venait de se passer. Ils étaient livrés à eux-mêmes sur une île inconnue, dans une ville inconnue. Mais un autre homme les attendait. Manifestement, il leur faisait des signes pour les conduire à l’hôtel. Il ressemblait à s’y méprendre aux conducteurs des voitures qui les avaient menés de l’aéroport d’Édimbourg au petit aérodrome. Mais une fois encore, ni l’un ni l’autre n’osèrent en faire la réflexion. Ils avaient eu leur compte d’événements extraordinaires. Ils se contentèrent de le suivre. Inconsciemment, cette ressemblance leur avait donné confiance sans que l’individu ait eu à se justifier. Peter susurra à l’oreille d’Agnès :

– Drôle de type.

– Tu parles de ce monsieur, en montrant discrètement du menton l’homme inconnu.

– Non, cet Orsino.

– Oui, il va falloir qu’il nous explique pourquoi nous sommes ici… Il est quelle heure ?

Peter sortit son téléphone portable au lieu de regarder sa montre.

– Il est minuit et demi passé. Oh mon dieu ! S’exclama-t-il.

– Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as passé ton heure du coucher, se moqua-t-elle.

– Non, Il n’y a pas de réseau…

– Attend qu’on arrive à l’air libre. Excusez-moi monsieur, c’est encore loin ?

Elle s’était adressée à l’homme qui les accompagnait. Il secoua la tête pour dire non.

Peter un peu nerveux se mit à l’assaillir de questions :

– Le dollar a cours ici ?

Il secoua la tête pour dire non encore.

– L’euro alors ?

Il secoua la tête.

– Comment je fais pour m’acheter des cigarettes si j’en ai plus ?

Il haussa les épaules.

– Vous parlez anglais ? Ou peut-être le français au moins ?

Il ne prit même pas la peine de répondre. Peter se tourna vers elle, interloqué.

– Agnès tu es sûr qu’on doit le suivre ???

Elle haussa, elle aussi, les épaules, fatiguée.

A ce moment-là, empruntant des escalators, ils sortirent des méandres souterrains de la gare pour déboucher sur une grande esplanade. Il y avait tout autour des bâtiments baroques qui rappelait l’Italie, sauf qu’ils avaient des colombages. Et juste en face au milieu, un vieux bâtiment plus classique qui semblait dater d’il y a au moins trois siècles. Ça devait être la mairie de Clay Hill, elle avait une apparence de cathédrale gothique revisitée. Il n’y avait pas un chat étant donné l’heure tardive. L’air de la ville était très pur. Le ciel était exceptionnellement dégagé et la trainée d’étoile de la voie lactée leur offrait un spectacle magnifique. Elle n’avait jamais encore vu autant d’étoiles de sa vie. Puis une pluie d’étoiles filantes acheva de la subjuguer. Ils s’arrêtèrent pour observer. Peter qui s’était rendu compte de son émerveillement, s’approcha un peu plus et lui dit :

– Ce sont les perséides. Elles arrivent tous les ans à la même date, en août. Beau spectacle, n’est-ce pas.

Ses yeux approuvaient mille fois. L’homme les emmena dans un immeuble moderne à côté de la mairie. Peter jeta encore un coup d’œil à son téléphone portable. Il n’y avait toujours pas de réseau. Il se résigna et se concentra sur le grand luxe de l’hôtel. Ils allaient enfin pouvoir dormir. Chacun récupéra sa valise à la porte de leur chambre, prit une douche rapide, enfila leur pyjama et aussitôt que leur tête entra en contact avec l’oreiller, leurs paupières lourdes tombèrent. Cette nuit-là, ils s’écroulèrent dans un sommeil profond et réparateur dans deux grands lits, roulés telles des chenilles prêtes à la métamorphose dans des draps doux en soie.