CHAPITRE 21: REVELATIONS HYPNOPOMPIQUES

Les esprits rêveurs pilotés par Jacques s’étaient retrouvés, flottant,  dans un espace blanc et nuageux qui ne semblait pas avoir de limite. Ils se sentaient comme dans un océan tiède, prêts à immerger à l’air libre.

– Où sommes-nous ? demanda Sonja, étonnée d’avoir pu émettre un son.

– Dans la phase hypnopompique du sommeil, répondit-il. Vous allez recouvrir peu à peu certaines de vos capacités motrices parce que nous allons bientôt nous réveiller. Ça va durer un petit moment, alors n’hésitez pas à me poser des questions sur ce que vous avez vu et entendu.

– Jacques, une question nous brûle les lèvres, commença Aldric, et ça concerne surtout ce que nous n’avons pas vu.

– Laissez-moi deviner…, s’enquerra-t-il, vous voulez savoir ce qu’Agnès et moi avions vu sur ce CD ?

– Absolument ! s’exclama le journaliste.

– Eh bien, c’était une sorte de prospectus électronique pour donner envie de rentrer chez Hexagon Industries, un prospectus suffisamment convaincant pour laisser sa vie derrière soi pour en embrasser une autre plus secrète mais peut-être plus trépidante intellectuellement. Les premiers fichiers racontaient comment la société Hexagon Industries avait été fondée.

– Ah oui, et comment a-t-elle été fondée ?

– C’est une longue histoire. Mais vous êtes là pour ça. Ça commence entre les années 1936 et 1940, lorsque les nazis ont pris le pouvoir en Allemagne. Ils avaient mis en place une organisation scientifique, l’Ahnenerbe, chargée de faire des recherches sur les origines aryennes de la race germanique. Leurs enquêtes les ont menés dans le monde entier y compris en Antarctique, sur les Terres de la Reine Maud qui’ils confisquèrent à la Norvège, en tout cas une partie pour la rebaptiser : Nouvelle-Souabe. Les nazis ne se sont pas juste implantés sur ces terres glacées pour la pêche à la baleine comme cela avait été officiellement dit mais surtout parce qu’ils y avaient découvert sous la glace une civilisation antique bien antérieure à celle des sumériens et dont l’avancée technologique était comparable à celle des minoens de la méditerranée. Mais en dehors de cette comparaison, elle ne ressemblait en rien à ce qui était connu. D’autant plus qu’on avait toujours pensé que ce continent avait été constamment recouvert de glace depuis que l’homme était Sapiens sapiens, et que le premier homme à y avoir posé son pied sur son sol gelé l’avait fait au 18e siècle.

– Je l’ai étudié en Histoire des Uchronies: les nazis cachés au pôle sud dans des soucoupes volantes. Cette théorie ridicule faisait fureur dans les milieux conspirationnistes avant l’Enigma.

– Cela n’a rien à voir mais vous ne serez pas au bout de vos peines quand vous entendrez la suite. Ce qu’ils avaient découvert n’était que les vestiges d’une partie de la basse cité d’un des sept ensembles urbains de ce qu’on appellerait aujourd’hui une mégalopole. Ils l’ont appelée Antillia.  Elle s’étendait sur 600 000 km2 avec 60 millions d’habitants, presque autant que la région des Grands Lacs en Amérique à l’époque de mes 18 ans.

– Une mégalopole antique, vous dites ? Et elle daterait de quand ?

– Elle aurait brutalement disparu il y a 73 500 ans avant notre ère avec l’éruption du supervolcan indonésien Toba. L’ère glaciaire qui avait déjà commencé et qui a été renforcé par l’éruption, a mis fin à cette brillante civilisation. Rendez-vous compte : la civilisation de Sumer, il y a 6 000 ans, la civilisation des Minoens, il y a 4 000, et là, ils découvrent une civilisation extraordinaire, 73 500 ans ! Mais rien à voir avec une possible Atlantide, plutôt située 11 000 ans plus tôt.

– Toba… ne serait-ce pas le volcan dont on dit qu’il a failli provoquer l’extinction de l’humanité.

– C’est bien cela, Aldric.

– Orsino, pourquoi dites-vous que l’on ne sera pas au bout de nos peines ?

– Parce que la cité haute d’Antillia était complètement différente de la basse. Le niveau technologique de ceux qui l’ont construite dépassait largement la nôtre.

– Effectivement, je ne m’y attendais pas à celle-là.

– Les habitants de cette mégapole maitrisaient vraisemblablement la navigation spatiale et transdimensionnelle.

– Est-ce que vous nous parlez d’extra-terrestres ?

– Absolument pas. Je parle d’humains vivant à l’ère du paléolithique moyen avec une avance technologique d’au moins un million d’année sur les sociétés du début du 21e siècle.

– Et une telle civilisation aurait été anéantie par une super éruption qui a eu lieu il y a quelques milliers de kilomètre d’eux ? Ils sont peut-être juste partis vers les étoiles, ils maitrisaient bien les voyages spatiaux… ou alors Il y a quelque chose que vous ne nous dites pas, n’est-ce pas ?

– C’est vrai. La basse et haute cité montrait des traces de batailles. Les nazis ont pensé à un soulèvement, une guerre civile…

– Mais ce n’était pas cela, n’est-ce pas ?

– Après la seconde guerre mondiale, les chercheurs de l’île Deslimbes songeaient plus à une agression venue de l’extérieur.

– Quand vous dites extérieur, ce n’est pas extérieur à l’Antarctique, j’ai l’impression ?

– Extérieur à la Terre. Mais ce n’est pas forcément là encore une fois une agression extra-terrestre, ou plutôt devrais-je dire une agression non-humaine. Car en arrivant à ce point d’avancée technologique et d’expansion de colonies habitées dans l’univers, la notion de terrestre et d’extra-terrestre devient obsolète.

Les nazies ont donc pu profiter pendant un certain temps de ce qu’ils avaient découvert sur le continent de glace pour avoir le dessus sur les alliés et s’assurer la victoire. Ils ont adapté ce qu’ils avaient pu adaptés. C’est-à-dire pas grand-chose au début de la guerre, mais ça a été suffisant. Les missiles V2 en sont un exemple. Le reste était resté à un stade expérimental.

– Sauf qu’ils n’ont jamais gagné. Qu’est-ce qui s’est passé ?

– S’ils n’ont pas gagné, c’est grâce en partie, à des espions de l’intérieur, de l’Ahnenerbe en particulier, qui n’adhéraient absolument pas à la doctrine de leur gouvernement. Ils ont trahit l’idéologie hitlérienne pour la bonne cause et pour l’Allemagne qu’il souhaitait voir renaître. Ils ont pu révéler aux alliées cette découverte insolite et il s’en est suivi la bataille de l’Antarctique qui n’est évidemment pas écrite dans les livres d’Histoire. Il leur fallait couper la route du Pôle Sud aux forces de l’Axe, investir la mégalopole et s’approprier une technologie qui aurait pu les aider à renverser la vapeur en Europe et dans le Pacifique.

– Qu’est-ce que les alliés y ont trouvés ?

– L’arme atomique, pardi. Ils y ont trouvé des données essentielles. Sans cela, les américains auraient mis quelques années de plus à la mettre au point, et l’Histoire aurait été bien différente. Cette bataille de l’ombre avait, cependant, irrémédiablement détruit les vestiges et rendus quasiment inexploitable ce qui avait été conservé des millénaires sous la calotte polaire.

A la fin de la guerre, le traité de l’Antarctique a gelé toute revendication de territoire par les nations, en partie à cause d’Antillia. La Nouvelle-Souabe se trouvait être sur la Terre de la reine Maud, revendiqué au départ par les norvégiens, ce qui n’était acceptable ni pour les américains, ni pour les russes et les autres vainqueurs. La collaboration sur Antillia a été de mise, mais seulement entre pays de l’OTAN pendant la guerre froide. Mais ils se sont vites rendu compte que la Nouvelle-Souabe était un bout de terre aride et congelé, complètement ravagé par les pillons. Mais les soviétiques, eux, ont eu toutes les notes, recherches, dossiers sur l’antique cité polaire lorsqu’ils ont ravis Berlin et Munich, le siège de l’Ahnenerbe. Tout avait été transféré à Moscou puis Saint-Pétersbourg, Leningrad à cette époque, dans un département secret de recherche scientifique dirigé à l’époque par un certain professeur Théophane Sannikov.

– Sannikov, Sannikov, ça me dit quelque chose…mais oui !

– Bien-sûr que ce nom vous dit quelque chose, Sonja. C’est le Tesla de la physique théorique, oublié par tous et redécouvert depuis peu. Je ne le savais pas à l’époque, mais c’était un oncle éloigné de ma famille. Mais il était surtout l’un des plus grands physiciens théoriciens de notre histoire, l’égal d’Einstein, que ses contemporains n’ont jamais pu connaître puisqu’il avait travaillé dans l’ombre de la guerre froide puis du traité de non-divulgation lorsqu’il avait finalement rejoint l’île Deslimbes.

Pourtant, il aurait gagné à être connu et à rentrer dans les livres d’Histoire et de physique comme Albert Einstein pour avoir découvert quelque chose de plus extraordinaire que la physique quantique : la physique sannikovienne et l’effet Sannikov pour voyager dans les mondes alternatifs. Rien que cela. Je vous l’accorde, il a réussi à le faire grâce aux notes des Allemands décryptés d’Antillia, mais Oppenheimer et les autres ont eu le même coup de pouce pour la bombe atomique… Bref…

A l’époque des sondes Vénéra qui visitait Vénus, dans les années 1960-1970, les soviétiques envoyaient également des sondes d’exploration spatiales dans d’autres univers, grâce à Sannikov. Plus de 99% d’entre eux étaient vides, inhabitables, chaotiques, avec des lois physiques étrangères aux nôtres… mais les autres qui restaient étaient extraordinaires. Quand les américains s’étaient vantés d’avoir posé les pieds sur la lune, les soviétiques avaient marché dans la discrétion la plus totale sur d’autres planètes comparables à la Terre.

– Vous plaisantez ? Qu’est-ce qu’ils y ont trouvés ?

– Rien.

– Comment ça, rien ?

– Toutes ces planètes qu’ils ont trouvées étaient devenues arides et irrespirables. Ils y ont trouvé, certes, des traces d’anciennes civilisations intelligentes, mais toutes avaient semble-t-il essuyé une guerre cataclysmique qui semblait avoir eu lieu à la même époque. Tous ces mondes avaient été brûlé en un instant.

– Quelle époque… ?  Vous me faites peur…

–  A l’époque de l’éruption du mont Toba.

– Je comprends maintenant. C’est pour cela qu’ils avaient invalidé la thèse des nazis. Ils pensaient que ce qui avait attaqué la cité de l’Antarctique avait également attaqué tous ces mondes simultanément et provoqué leur extinction.

– Absolument, Sonja. Et vous verrez dans nos voyages oniriques que le signal Enigma a un lien très étroit avec toute cette histoire.

– Mais ça n’explique pas tout ça … cette île mystérieuse et cette société inconnue au bord du monde, je veux dire.

– Oui, ça n’explique pas tout cela, mais on y arrive. Une seule sonde a débarqué sur un monde habitée qui n’avait pas été ravagée par une ancienne guerre. Ce fut le 12 juin 1983.

La sonde avait envoyé les données d’une étoile de 1,1 masse solaire et de métallicité voisine à notre soleil. En général, c’était bon signe pour avoir une planète qui avait été habitée par une quelconque forme de vie. Sauf qu’il n’y avait autour d’elle aucune planète. Et pour cause, c’était un système binaire, ou plutôt trinaire.

– Un système de trois étoiles sœurs liées par la gravitation, marmonna Aldric.

– L’étoile qui ressemblait à notre Soleil, Dussarès, tournait autour d’un barycentre avec un couple de naine rouge qui se tournait l’une autour de l’autre : Seroris Major la plus massive et Seroris Minor la plus petite.

C’était impensable à cette époque de croire qu’une planète pouvaient se former et se maintenir dans un environnement gravitationnel aussi complexe…

Mais ils en découvrirent pas une mais deux ! Nimba, une super-terre, trois fois la masse de notre planète, entièrement recouverte d’eau avec une épaisse couche nuageuse et qui orbite autour du système Seroris. Beaucoup plus loin, orbitait une géante gazeuse, presque une fois et demi notre Jupiter, Sandalphon, mais avec une densité voisine de celle de Saturne. Et c’est autour de cette dernière qu’ils ont trouvés les perles rares.

– Les perles rares ?

– Oui, les précédentes sondes ont trouvé des mondes habités dans un même système stellaire : Daneb, Lielos et Gabar, des satellites quasi-jumelles de la terre orbitant autour de la majestueuse Sandalphon.

– Et les gens de là-bas… ?

– La dame Ildiko venait de Daneb.

– Elle nous ressemble beaucoup.

– En apparence, oui. Nous avons beaucoup de similarité parce qu’il semblerait que les humains d’ici et de là-bas aient eu un ancêtre commun ou qu’il y ait eu mélange pendant des milliers d’années avant que le grand cataclysme interrompe tout échange. Mais la séparation depuis ces 70 000 ans a créé un éloignement génétique évident, une différence culturelle et linguistique. Et alors que nous, sur Terre, étions repartis de zéro technologiquement, ces derniers avaient déjà une grosse avance.

Rendez-vous compte que les civilisations de là-bas n’exploitaient pas du tout le sous-sol de leur planète mais ceux des nombreux astéroïdes et comètes de leur nuage d’Oort. Ils appelaient ça le nuage des Cassitérides, il était habité par des robots-miniers. Ils maitrisaient le voyage spatial, mieux que nous, la robotique mieux que nous. La seule chose qu’ils ignoraient, en apparence, et que les soviétiques possédaient, c’était la technologie des passes-mondes, élaborés par Sannikov grâce aux documents nazis d’Antillia.

Après la peur de subir une conquête par ces humains d’un autre univers, une confiance mutuelle fragile s’est installée et il s’est donc naturellement créé une collaboration. Mais ils ne voulaient pas uniquement collaborés avec les soviétiques mais avec toutes les nations de notre monde, au grand désarroi des russes, vous l’imaginez. La révélation aux américains faillit créer un incident diplomatique très grave, mais le choc passé, la curiosité et l’envie d’aller de l’avant prit le pas sur les rancœurs. C’est le contact des deux civilisations qui a accéléré le dégel de la guerre froide et permis la création de cette île et d’Hexagon Industries pour préparer les générations futures des deux mondes. Par contre, si dans le système Dussarès-Seroris, tous les habitants connaissaient l’existence de la Terre et de ses habitants, ici, seuls quelques hommes et femmes de l’élite politique mondiale savaient qu’il y avait des habitants au-delà du voile qui sépare les mondes.

– Excusez-moi Jacques, je retourne un peu en arrière parce qu’une chose me turlupine : si sur notre planète, Antillia témoigne d’une grande guerre, que des milliers de mondes sont devenus arides et inhospitaliers à cause de cette même guerre, il devait y avoir chez nos nouveaux amis, des traces aussi de ces combats, non ?

– Aucun vestige, selon eux, mais un récit épique mythologique, qu’ils nomment les Cantos d’Elium et appris par tous les enfants dans leurs écoles, qui relatent une guerre des dieux, la théomachie, qui aurait provoqué l’extinction de nombreuses espèces intelligentes et la disparition de nombreux mondes à travers le multivers. En longueur de texte, nous ne sommes pas loin du Mahabharata des indous.

– Je reste tout de même perplexe sur les motivations de votre sœur pour s’être précipités sur l’île Noire avec ces révélations, même si elles dépassent l’entendement.

– Oui, vous avez raison. Le CD lui avait révélé quelque chose dont elle ne pouvait pas résister à l’appel. Et même si le verrou psychologique subliminal l’avait empêché de s’en rappelé jusqu’au déconditionnement, elle ne pouvait pas faire machine arrière.

– Vous nous faites languir !

– Ma sœur avait vu sur ce CD et avait compris qu’elle pourrait participer à révolutionner notre monde. Les archéologues qui ont écumé les vestiges d’Antillia, ont compris que les humains de cette super civilisation dont on ne retrouve quasiment les traces évidentes qu’au Pôle Sud, n’étaient pas tous totalement humains. C’était un système féodal dont l’itération des noms des vassaux et des suzerains s’étendaient sur plusieurs centaines d’années voire un millénaire au moins dans les archives. D’autres sources et indices ont permis de comprendre que ces êtres humains trompaient la mort et vivaient éternellement à l’échelle humaine et étaient considérés par leurs contemporains « normaux » comme des dieux.

– Cela a suffi à la convaincre ?

– Bien-sûr que non ? Elle n’est vraiment pas du genre à croire à ce genre de chose. C’est la preuve biologique qui la fait basculer. Vous savez que dans ma jeunesse des mammouths très bien conservés avaient été découvert dans le pergélisol sibérien… Eh bien, l’expédition franco-américaine en Nouvelle-Souabe avait trouvé sur le site d’Antillia le corps d’un de ces surhumains, mort bien entendu, mais suffisamment conservé pour dévoiler le secret de sa longévité.

Aldric et Sonja se demandant où il voulait en venir, il se mit à citer quatre vers du poème d’Homère, l’Iliade :

« Du poignet jaillit l’immortel sang de la déesse,

L’Ichor, tel qu’on le voit couler chez les dieux bienheureux :

Ne consommant ni pain ni vin aux reflets flamboyants,

Ils n’ont pas notre sang et portent le nom d’Immortels »

– L’ichor ! s’exclamèrent-ils.

– Oui ! La bactérie symbiotique de nos cellules, version allégée, qui nous permet de vivre deux à trois fois plus longtemps que nos aïeux. Le graal de la médecine que j’aime appeler « le midi-chlorien des dieux de la protohistoire ». Avec ce minuscule organisme, elle savait que si elle réussissait à nouveau à l’adapter aux humains de la terre, la famine n’existerait plus, la surexploitation agricole ne serait plus nécessaire, 97% des maladies infectieuses ne seraient plus une menace, plus de maladies métaboliques, plus de maladies nutritionnelles et plein d’autres avantages.

– Comment pouvait-elle être sûre que ce n’était pas un montage, un canular… ?

– Parce que celle qui avait présenté cette partie n’était autre que la meilleure amie de notre mère et sa marraine. Elle était aussi scientifique. J’étais trop jeune pour me rappeler d’elle quand elle est décédée à la suite d’un long combat contre le cancer mais Agnès l’avait bien connue et avait été très proche d’elle. C’est sûrement ce choc psychologique qui a permis de momentanément lui faire oublier ce qu’elle a vu tout en conservant sa volonté de venir sur l’île.

– Vous n’aviez pas été affecté par cette amnésie programmée alors ?

– Si, mais dans une moindre proportion. Je n’ai d’ailleurs pas eu besoin de déconditionnement. C’est un système multicanal dont le pilier est le canal émotionnel, il me manquait celui-là pour que le verrou soit parfaitement opérationnel.

– Et qu’a vu Peter sur son CD ?

– Je ne l’ai jamais su et il ne l’a dit à personne. Je suppose que ça l’avait suffisamment bouleversé pour ne pas qu’il veuille le partager.

CHAPITRE 20: L’HONORABLE ILDIKO BATHORY

Le soir vint mais au lieu de rentrer à Clay Hill, Orsino les avait conviés à un dîner très particulier, probablement pour fêter leur arrivée. Agnès avait reçu une très belle robe rouge de soirée avec des escarpins et les accessoires qui allaient avec. L’ensemble avait été choisi par la femme d’Orsino, qui en plus de sa flamboyante chevelure rousse qui lui descendait jusqu’au bas du dos, avait de très bons goûts vestimentaires. Elle put voir Peter pour la première fois à son avantage dans un costume très bien coupé et le cou enserré dans un nœud papillon. Son élégance ne surpassait cependant pas celle du PDG d’Hexagon Industries. Les deux nouveaux arrivants essayaient tant bien que mal de savoir ce qui valait une si grande cérémonie, mais Orsino savait garder le silence jusqu’au bout. Au lieu de cela, ils prirent place dans une navette de transport automatique à huit places où les attendaient déjà une femme également bien habillée. Elle avait le visage sec et un air un peu sévère accentué par sa paire de lunettes aux verres carrés.

Orsino entra des coordonnées en manipulant des boutons et la navette roula comme une voiture vers une route bordée d’une barrière. Lorsqu’elle l’atteignit, elle sembla se visser sur des rails invisibles puis fila à toute vitesse comme un train.

– Je m’appelle Bette Jones, enchantée de vous connaître. Je connais beaucoup de choses sur votre illustre famille, avait-elle rajouté à l’intention d’Agnès.

– Ah ? Avait-elle juste répondu, dubitative.

– Je ne savais que ta famille était illustre, taquina Peter.

– Je suis la directrice de l’école primaire et historienne-botaniste à mes heures perdues. Aussi ai-je la lourde tâche de vous faire un petit cours d’histoire-géographie rapide de l’île avant que nous arrivions à destination.

– Que nous arrivions où cela ? avait demandé malicieusement Peter.

Mais elle ne lui répondu même pas. Elle se contenta de le regarder par-dessus ses lunettes, comme si elle venait de le découvrir. Et continua en arrangeant ses cheveux sur ses épaules :

– Tout d’abord, bienvenue chez nous, dans le comté de l’île Deslimbes. Vous aurez tous le loisir de me poser des questions quand je vous en donnerai la permission…

Cette fois-ci, elle regardait avec insistance Peter qui comprit aussitôt que cette femme avait perdu son sens de l’humour à la naissance. Elle poursuivit :

« Le comté de Deslimbes, proche de l’archipel des Orcades, fut ainsi appelé par les français parce qu’elle était constamment entourée de brume. Ainsi, lorsque les embarcations s’approchaient des hautes falaises noires, ces dernières semblaient surgir des limbes.

Il y a cinq villes sur l’ile. La plus récente est la capitale que vous connaissez : Clay Hill, avec son aéroport. Arimathée, au sud, est la plus peuplée et la plus ancienne. Saint-Brandan et Saint-Colomban, toutes deux à l’est, ont été fondées par les irlandais. Quant à Alchémille, à l’ouest, elle a été bâtie par les français. Grand foyer d’alchimie, on y trouvait à l’époque des champs entiers d’alchémille aux vertus médicinales. Ces villes furent construites après que Marie de Guise luttant contre la progression du presbytérianisme en Ecosse, donna son indépendance à l’île qui était resté catholique. En échange, elle y envoya des fermiers irlandais et des soldats français et leur famille. A sa mort en 1560, l’île tomba dans l’oubli grâce à ce que nous appelons ici le sortilège technologique de l’Oblivion. Notre devise l’illustre très bien : l’apercevoir, c’est déjà l’oublier. L’île, j’entends bien. Elle marque le point de départ de l’adhésion de l’île à l’Impérium, comme quelques autres îles de l’Atlantique sud et du Pacifique que vous ne connaissez pas ou que vous connaissez sous l’étiquette de la légende.  Nous les appelons les îles mythologiques et nous en faisons donc parti. Les prêtresses de l’île devant protéger leurs intérêts, elles ont précipité l’alliance féodale entre l’empereur et le comte.   

Son premier souverain connu est Lot d’Orcanie au VIème siècle après Jésus-Christ. Les rois de sa lignée, après le roi légendaire Gauvain de la table ronde,  gardèrent la souveraineté de l’île même après qu’elle soit tombé aux mains des scandinaves  au IXème siècle. Les rois prirent dès lors le nom de Jarl puis de comte sous la domination écossaise en 1472. Le titre est depuis resté jusqu’à l’actuel souverain de l’île, le comte Joseph Zachary Ockham ». 

Peter leva la main comme un enfant pour poser une question.

« Je n’ai pas terminé docteur Silverstein… C’est une île vallonnée avec trois collines centrales, entourée de hautes falaises de granites noires qui bloquent les vents d’ouest et du nord et atténue la puissance des tempêtes violentes. Nous sommes effectivement dans une authentique caldeira de supervolcan d’une circonférence impressionnante ».

Elle sortit de son petit sac une petite boussole et la donna à Agnès :

« Regardez, les boussoles sont inutilisables parce que le sous-sol de l’île est granitique et riche en magnétite.

Contrairement aux Orcades, l’île est couverte d’une forêt endémique composée de pommiers, de poiriers et de châtaigniers que l’on ne retrouve nulle part ailleurs qu’ici. Il y a également de nombreux arbustes qui donnent toute sorte de baies et de fruits des bois. Les premiers habitants vivaient de la pêche, de l’élevage de moutons nourris aux algues et de l’apiculture. Nous produisons de l’excellent cidre de pomme et de poire, aromatisé avec des liqueurs de baies et de fruits des bois qui remplacent le whisky très prisé des ancêtres irlandais et écossais. N’hésitez pas à gouter nos spécialités de pains faits avec de la farine de châtaigne, de fromages de lait de brebis ou de ponettes.

Le sol est très riche en tourbe. Il a longtemps été exploité par les populations pour se chauffer et se faire à manger. Mais la totalité de l’énergie provient aujourd’hui directement ou indirectement de la chaleur géothermique du sous-sol. Vous apercevrez d’ailleurs souvent en campagne des geysers. Mais ne vous en faites pas, ils sont balisés.

Comme vous l’aurez remarqué, le climat est relativement doux et peu venteux. Les températures ne tombent jamais en dessous de dix degré en hiver et au-dessus de vingt-cinq degré en été ».

La navette arriva au bord d’un grand lac. De l’autre rive, ils pouvaient voir une gigantesque installation qui s’enfonçait dans l’eau. De sa surface, des lumières s’élevaient dans le ciel ou descendaient à vitesse vertigineuse sans faire de bruit.

« Voici notre loch: le loch Nimue. Il n’y a pas de Nessie ou de dame du lac (elle laissa échapper un bref rire)… mais sur l’autre rive a été construit l’unique astroport de notre planète relié à l’aéroport par des navettes. Les lumières que vous voyez sont les passes-mondes qui vont et viennent de l’autre monde ».

Puis la navette s’écarta de la voie qui longeait la berge du lac pour s’enfoncer à vive allure dans la forêt, vers l’une des collines centrales où se dressait un immense château moyenâgeux sur son flanc.

« A votre droite, vous pourrez admirez l’un de nos plus beaux monuments. Les vestiges du château d’Ablach. Vous pouvez même apercevoir l’ensemble mégalithique qui n’a rien à envier à celui de Stonehenge. Dans les vestiges du château existe une grotte qui est l’entrée d’un vaste réseau souterrain qui aurait été habité dès le néolithique ! »

Puis la navette surgit hors de la forêt et commençait à ralentir.

« Voici notre joyau, notre petite Tour Eiffel si je puis dire, toujours à votre droite: Le château d’Avalon, la demeure du Comte. Il renfermerait les reliques des cycles arthuriens à savoir la tombe du roi Arthur lui-même et sa dame Guenièvre, le graal, la table ronde, la lance du destin, le trône impérieux et bien entendu Excalibur, l’épée fabuleuse. Mais la salle des trésors ne peut être visitée. Même moi je n’ai pas le droit.

La langue parlée ici est unique. C’est un mélange de vieux norrois, d’écossais, d’irlandais et de français, bien-sûr. Néanmoins, c’est l’anglais qui est pratiqué à l’école afin que ceux qui partent dans les universités de Glasgow ou Edimbourg maîtrisent la langue. Mais le français tient une très bonne place dans les familles où il est maitrisé par soixante-dix pour cent des habitants.

Avait-elle dit en regardant d’un sourire bienveillant Agnès.

Et enfin que dire de plus que l’île est peuplée d’un bon million d’habitants. Des questions ? »

Peter et Agnès parlèrent pratiquement en même temps :

– Vous voulez dire que la preuve que le roi Arthur a existé est dans ce château et qu’il repose ici ?

– Cette île… serait l’Avallon alors ? Ou carrément l’Atlantide ?

– C’est quoi cet Impérium ?

– Où vont les lumières ?

Ne pouvant répondre à toutes les questions à la fois, elle décida de ne répondre qu’aux deux dernières ; ignorant délibérément les premières, d’autant plus que c’était Peter qui les avaient posées.

– Les lumières vont justement vers les autres villes de l’Impérium, elles se trouvent dans un monde parallèle au nôtre. Quant à l’Impérium, il pourrait être considéré comme une fédération de planètes mais basée sur un système féodal avec un suzerain et des vassaux. Seules quelques îles de la planète Terre en font partie. Mais c’est également une démocratie parce qu’il y a un parlement… les rouages de la politique de l’Imperium seraient trop longs à expliquer ici et maintenant, car nous sommes arrivés pour notre diner… chez le comte, Sir Joseph Zachary Ockham. Mais comptez sur moi une autre fois.

La navette s’arrêta et sembla se dévisser des rails invisibles, puis roula hors du chemin bordé.

– Laissez-moi plutôt vous présenter les convives et notre hôte. Sauf si vous voulez le faire Orsino ?

Le regard qu’elle lui avait lancé signifiait clairement qu’il n’était point question qu’elle lâche Agnès de la soirée.

– Non, je vous en laisse le loisir, répondit-il.

– Bien, si vous insistez… fit-elle avec un grand sourire.

Ils descendirent de la navette qui avait pénétré dans la propriété de l’immense demeure. Déjà elle tirait Agnès par le bras en faisant de grands signes aux invités qui étaient déjà dans le hall, des flutes de champagne à la main. Tout le monde s’était alors tourné vers elle qui était alors devenu aussi rouge que sa robe. Peter était resté à l’arrière avec Orsino et sa femme. Plutôt amusé par la situation et soulagé de ne pas être « adulé » par une femme qu’il ne trouvait pas attirante, il prit gaiement une flute de champagne également.

Agnès reconnut deux hommes qui étaient ce matin au siège d’Hexagon Industrie :

– Monsieur Younes Hammadi qui vient du Caire et notre docteur en médecine, Micolaj Wojnicz de Croatie. J’ai bien prononcé votre nom mon cher ami ?

– Absolument, répondit-il poliment, même si ce n’était absolument pas vrai.

Elle put à peine les saluer qu’elle la poussait vers d’autres personnes :

– Attention, voici la comtesse, dame Mary Ann Swing, sa sœur lady Laura Lana Swing qui va épouser le mois prochain un Amaral, un prince d’une des maisons majeures de l’Impérium, que vous voyez là-bas en compagnie de votre américain. Et à côté d’elle plus à droite, sa fille ainée lady Elisabeth Ann.

– Madame Jones, qui est votre amie ? demanda lady Laura Lana.

Bette était toute émoustillée. Elle fit la révérence.

– Voyons, dit Dame Mary Ann, la révérence est inutile. Ce diner a tout ce qu’il y a de plus amical et officieux.

– Je vous présente le docteur Agnès Strofimenkov qui est arrivé… hier, c’est bien cela ? C’est une Lefaye, dit-elle d’un air accompli.

– Euh… oui c’est le nom de mon grand-père, effectivement, bredouilla Agnès qui ne comprenait pas vraiment toute la signification de ce nom de famille sur cette île. Enchantée !

Bette s’en rendit compte et la prit à parti devant les trois autres, les yeux écarquillés comme ceux d’une chouette dans ses verres carrés :

– Comment cela ? Vous ne savez pas ?

– Quoi donc ?

– Vous êtes une descendante d’une des prêtresses de l’île que les gens de chez vous prénomment : Morgane. Morgane la fée… Morgane le Fay… Lefaye… vous percutez demoiselle ?

Décidément, cette Bette Jones était bien insupportable pensa-t-elle.

– Je …

Elle n’eut même pas le temps d’en placer une qu’elle était retournée dans le tourbillon de ses présentations mondaines :

– Oh regardez le maire de Saint-Colomban, Liam Durandal,… le maire de Saint-Brendan, Killian Carmichael,… Alastair Nolan, le maire d’Alchemille,… Elwyn Rivères Commène, la maire d’Arimathée,… le père Fitzpatrick, l’évêque de l’île…

Elle semblait ne plus respirer du tout.

– Oh, laissez-moi vous présentez l’ambassadeur de votre pays ?

– Pourquoi y-a-t-il un ambassadeur de France ici ? demanda-t-elle surprise.

– Oh ce n’est pas le seul ambassadeur. Tous les pays du G13 ont leur représentant sur l’île : les États-Unis, le Canada, le Mexique, le Brésil, l’Afrique du Sud, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, la fédération de Russie, l’Inde, la république populaire de Chine et le Japon si je n’ai oublié personne.

– Mais je pensais que l’existence de cette île était secrète. D’où le recours à l’Oblivion.

– Ma chère, vous êtes si attentive et vous avez raison. Mais laissez-moi vous expliquer, vous comprendrez tout ensuite. Je ne suis pas historienne pour rien. Avant la seconde guerre mondiale…

Elle l’écoutait d’une oreille et se laissait son esprit se distraire par les autres discussions dont elle n’entendait que des bribes:

« …Sauf que des dossiers contenant des plans de machines technologiques avaient été vendu à l’Allemagne nazie par le biais de l’Ahnenerbe, leur organisme de propagande scientifique. Malgré l’enquête, les traîtres n’ont jamais pu être découvert »

– Est-ce que vous m’écoutez ? demanda la grande historienne de l’île.

– Bien entendu, continuez votre récit. C’est fort intéressant.

– Eh bien, après la chute du mur de Berlin, l’Imperium conseilla fortement aux nations des anciens blocs de s’installer sur l’une des îles mythologiques, dont fait partie l’île Deslimbes, comme vous l’avez compris.

Mince, se disait-elle, elle avait loupé une partie qui semblait vraiment intéressante.

– A partir de cet instant, continuait Bette, les nations de l’OTAN et la Russie voulurent rentrer dans cet Imperium mais aucune nation de la Terre ne correspondait aux critères d’adhésion : notre économie est chaotique et trop hétérogène, la dégradation de l’environnement est galopante, les conflits armées sont monnaies courantes, l’analphabétisation et la pauvreté sont le quotidien d’une majorité de la population et cette population est trop importante et non maitrisée.

– Comment ça la population est trop importante ?

– Laissez-moi finir…

– Oui, pardon, continuez.

– Alors depuis 1989, ces treize pays créèrent Hexagon Industries et lui donna un mandat avec l’aval de l’ONU pour aider les peuples et les nations de la Terre à remplir les critères et entrer dans l’Imperium en tant que Fédération Autonome de la Terre. Il parait que la future constitution est déjà prête. C’est la raison d’être de cette entreprise. En cherchant des solutions concrètes contre le réchauffement climatique, la pénurie de ressources énergétiques et minières, les épidémies comme le SIDA, les cancers et grâce à l’aide des documents qu’ils veulent bien nous dévoiler des autres mondes, la Terre pourras remplir les critères et entrer de pleins pieds dans l’avenir dans moins d’une décennie si tout se passe selon le programme. Mais rien pour le moment ne doit être divulgué à la population… Vous le verrez aussi, il y a des représentants de grandes multinationales. Car l’exploitation de nos découvertes sera cédée le moment venu à ces entreprises pour assurer une économie à la hauteur des espérances de l’Imperium.

– De grandes multinationales ? Lesquels ? Je veux dire comment elles ont été sélectionnées ? demanda Agnès très intriguée par toutes ces révélations qui restaient bien entendu inconnues du grand public.

– Je vois ce que vous voulez dire, répondit Bette. Il y a sûrement du favoritisme envers certains pays, je ne sais pas. Je n’ai pas de réponse, il faudra demander à Orsino.

Agnès hésita un peu et se lança :

– Je suis quand même intrigué par le fait qu’ils trouvent que la population de la Terre est trop importante. Comment Hexagon Industries compte résoudre ce problème ?

– Par la terraformation de Vénus et Mars, voyons, répondit-elle avec un large sourire. Vous savez que …

Mais soudainement, elle se tût lorsqu’elle vit entrer dans le hall un homme, d’une prestance exceptionnelle, accompagné d’une femme âgée mais très belle, et très grande avec un port altier. Elle était vêtue dans une longue robe blanche qui se confondait avec ses longs cheveux argentés. Elle portait des gants de la même couleur. Mis à part son visage et son cou, on ne voyait pas un centimètre carré de sa peau. Bien que ses traits fussent doux, elle avait l’apparence d’un faucon, surtout par son regard gris qui était perçant.

Agnès intrigué demanda :

– Qui sont-ils ?

– L’homme charmant n’est autre que sir Joseph Zachary Ockham, le comte de l’île, en personne. Quant à la dame, voyez-vous, c’est une femme très importante dans la hiérarchie de l’Impérium, l’honorable Ildiko Bathory, qui siège au Magisterium, l’une des assemblées du parlement dont je vous ai parlé tout à l’heure. On dit qu’elle a des pouvoirs, qu’elle est capable de voir l’avenir, lire vos pensées, vous obliger à faire des choses… elle chuchotait de plus en plus bas de telle sorte que la fin de sa phrase était à peine audible.  Il est possible qu’elle soit là aussi pour vous, vous êtes une Lefaye après tout…

– Pour moi ??? De toute façon, je ne crois pas à ces choses-là…

Le visage de l’honorable, à ce moment-là, pivota de manière surnaturelle et elle fixa de ses yeux gris perçants Agnès qui entendit sa voix dans sa tête :

« Je viens pour votre frère en vérité »

– Vous l’entendez, n’est-ce pas ? demandait Bette Jones presque pendu à son épaule. Qu’est-ce qu’elle vous dit ! Dites-moi ?

– Je… je ne sais pas… je ne comprends pas, laissez-moi tranquille…, lui répondit-elle, excédée.

Bette fut tellement choquée de la réaction d’Agnès, qu’elle évita tout contact avec elle toute la soirée, manifestement froissée par ce qu’elle avait dit. De son côté, bien qu’elle trouva sa réaction disproportionnée, elle put profiter, sans être tiré de tous les côtés, sereinement de sa soirée en compagnie des autres invités y compris de l’honorable Ildiko, comme si rien ne s’était passé.

Le comte avait fait un discours digne de ce nom pour présenter les deux nouveaux arrivants : Peter et Agnès. Il annonça également que les dates de transfert des technologies aux multinationales étaient proches. Ce qui, évidemment, ne manqua pas de rassurer les actionnaires et les ambassadeurs qui avaient soupçonné à tort depuis quelques temps que le signal Enigma avait été une ruse de l’Imperium pour rejeter l’adhésion de la future Fédération Autonome de la Terre.