CHAPITRE 19: LA BATAILLE DE KRAZILLA-ORAYNOR

Un nexus s’ouvrit dans la texture de l’espace-temps. Les vaisseaux-destroyers en sortirent avec leurs canonnières d’antimatière en alerte. La formation était à quelques milliers de kilomètres des avant-postes Krazilla et Oraynor, deux planètes naines pas plus grandes que Pluton et Charon, situées en bordure du système stellaire d’Elium. Elles avaient été creusées jusqu’au noyau pour accueillir des armes offensives expérimentales. Elles constituaient la première ligne de défense la plus efficace de la capitale impériale orixane. L’une tournait autour de l’autre dans un majestueux ballet, accompagné de carcasses de vaisseaux par millions. Ce bout d’espace avait été le théâtre d’une bataille farouche qui avait duré trois jours terrestres sans interruption. L’ennemi avait tenté une percée décisive massive et laisser un répit. En dépit des apparences, les Orixans et leurs alliés avaient été défaits, rendant plus vulnérable encore, à plusieurs centaines de millions de kilomètres de là, Elium, face à son ennemi irréductible.

Tout d’un coup, un gigantesque vaisseau ressemblant à un crabe surgit d’une masse de débris. Invisible au départ, il avait désactivé ses occulteurs pour attaquer. Plus petit que les destroyers, il était aussi plus rapide, plus réactif.  Il cracha sans sommation un tir laser droit sur l’un des gros vaisseaux d’Elium. Ce dernier n’eut pas le temps de faire de manœuvre d’évitement. Le bouclier protecteur tenu face au choc de l’impact et absorba la quasi-totalité de l’énergie. Mais à l’arrière, un autre crabe surgit et lança à bout portant une salve de laser sur le même vaisseau. Le bouclier était saturé, il céda. Les puissants faisceaux de lumière transpercèrent alors l’épaisse coque de part en part. Le vaisseau-crabe pivota et bascula afin que la lame de lumière tranche en deux le vaisseau d’Elium. Les réacteurs furent touchés de plein fouet, le mastodonte spatial se disloqua et implosa avec une puissance inimaginable. L’onde de choc engendrée s’écrasa avec une énergie cinétique prodigieuse sur deux vaisseaux voisins. Sévèrement endommagés, ils furent la proie des crabes qui les détruisirent sans peine à coups de tirs conventionnels.

Enfin, les lourds destroyers réagirent. Ils manœuvraient afin que leurs canons latéraux soit face à leurs cibles. Ils bombardèrent en concert les deux crabes de missiles d’antimatière. Aucune ne toucha leur cible. Les crabes se déplaçaient trop vite, comme s’ils faisaient des bonds. L’horreur atteint son paroxysme lorsque d’autres crabes, une cinquantaine, arrivèrent sur le champ de bataille. A plus de cinquante contre à peine sept, les Anunnakis étaient à présent en supériorité numérique.

A des millions de kilomètres de là, dans une salle de contrôle d’un vaisseau amiral en orbite autour d’Elium, Njeddo Dewal gardait son sang-froid. Puis, quand elle vit enfin les vaisseaux crabe en grand nombre, elle s’écria surexcitée :

« Général, c’est maintenant ou jamais, désactiver les commandes automatiques ! Prenez les commandes immédiatement ! Lancez l’attaque ! Ils ont mordu à l’hameçon ! Maintenant !!! »

Le général crispé et en sueur ordonna:

« Désactivation de la commande automatique !

Allumage des moteurs rétro-latéraux !

Dispersion de la formation groupée !!! »

Les vaisseaux-destroyers oblongs, commandés à distance, se mirent à tournoyer à toute vitesse sur leur grand axe et à s’éloigner les uns des autres, forçant ainsi l’essaim de crabe en approche à rompre leur propre formation.

« Calculez les tirs spiralés et tirez à mon ordre ! »

hurla-t-il à ses officiers supérieurs.

Chacun, debout face à des tableaux de bord, avait la commande d’un vaisseau. Les uns après les autres, ils clamèrent : « cibles verrouillées » !

– Tirez !!! Hurla-t-il.

Alors que les spationefs de guerre tournoyaient en s’éloignant lentement les uns des autres, ils se délestèrent des derniers missiles d’antimatière qui filèrent dans l’espace en décrivant une orbite spiralée. Les Anunnakis, à bord des crabes, ne comprirent que trop tard que les missiles qui s’éloignaient au départ, revenaient pour les prendre à revers. La tactique était nouvelle. La frappe était chirurgicale.  Car, même si les charges explosaient à proximité de leur cible sans les toucher, les ondes de choc générées détruisaient les boucliers de tous les vaisseaux ennemis.

Désorientés et affectés par des avaries, les crabes étaient pour le moment incapables de riposter. Il fallait les achever maintenant. Njeddo Dewal le savait. Elle avait une assurance déconcertante, elle claironna avec autorité:

« Général ! Ordonnez l’explosion des premiers missiles ! Ceux qui ont raté leur cible ! »

Le général, qui ne reçoit d’ordre que du couple impérial ou de souverains, exécutait les ordres pourtant sans sourciller. Les missiles explosèrent loin de la zone de combat, mais les crabes crurent à une attaque coordonnée de vaisseaux qui venaient appuyer les sept destroyers. Leurrés, Ils tentaient des manœuvres de défense chaotiques.

« C’est le moment ! Maintenant Général !!! »

Il hocha la tête :

« Largage des obédients mécaniques ! Immédiatement ! »

Les destroyers s’immobilisèrent net et abaissèrent leur bouclier. Leur ventre s’ouvrit déversant dans l’espace intersidéral des millions de petites bêtes. Autopropulsés, les obédients mécaniques à huit pattes s’élançaient à toute vitesse contre les crabes. Ces derniers dardaient des coups de laser dans le nuage d’obédients sans faire mouche. Puis, ils semblaient s’organiser pour une attaque coordonnée. Ils allaient s’en prendre à nouveau aux destroyers. Serait-il trop tard ?

Dans la salle de commande, tout le monde avait le souffle coupé. Les milliards de paires de patte mécaniques s’abattirent sur les cuirassés Anunnakis. En quelques secondes, les coques furent percées et les obédients pénétrèrent à l’intérieur. L’immense nuée se coupa en deux et déjà une partie du nuage se dirigeait vers Krazilla et Oraynor. Les crabes cuirassés fonçaient les uns sur les autres comme s’ils avaient perdu tout contrôle. Ils se fracassèrent les uns contre autres et explosèrent pour alimenter le cortège des débris. De petits vaisseaux-chasseurs, qui avaient l’apparence de moustiques sans pattes, décollèrent des planètes naines. Elles fonçaient vers le nuage mécanique et visaient les petits obédients. Ces derniers étaient protégés par leur propre champ de force et esquivaient avec brio les tirs. Leur aisance dans le vide de l’espace était comparable à des danseuses-étoiles. Ils lancèrent en représailles des projectiles ioniques sur les moustiques qui explosaient en feu d’artifice.

Enfin, les braves machines s’abattirent en pluie sur les avant-postes qui tiraient des ogives explosives sans succès. Avant même que le secteur ne soit entièrement nettoyé des Anunnakis, les Orixans du vaisseau amiral savaient qu’ils avaient remporté la victoire de cette bataille. Elle n’avait pas duré. Aucun Orixan, ni aucun de ses alliés n’avaient perdu la vie. Il n’y avait eu que des pertes matérielles : soit un peu plus d’un quart des obédients mécaniques.

Njeddo Dewal regardait le spectacle sur l’écran de contrôle avec une satisfaction non-dissimulée.

– Nous avons gagné une bataille, nous gagnerons la guerre. Envoyez des hommes sur les avant-postes. Krazilla et Oraynor sont à nouveau à l’empire.

Les officiers applaudissaient. Pour eux, ils lui devaient cette victoire écrasante. De diseuse-de-vérité, elle devenait non pas général mais chef de guerre. C’était la première fois qu’un territoire avait été repris aux terribles Anunnakis. On scandait :

« Dame Dewal ! Dame Dewal ! Dame Dewal ! »

En cet instant, on l’aimait plus que l’empereur… et que l’impératrice.

La nouvelle traversa rapidement les galaxies et les univers libres. L’empereur, en compagnie de son épouse et des huit membres des Neuf, était partagé entre la suffisance qui incombait à son rang et l’exultation.

Quant aux membres du conseil des treize, restés sur leur planète respective, ils étaient partagés entre la joie de la victoire et l’horreur. Il voyait la popularité de la diseuse-de-vérité dépasser celle de l’empereur.

Et si Olokun avait raison, l’armée des obédients mécaniques, un jour, se retournerait contre eux et les écraseraient aussi vite que les Anunnakis pendant la bataille de Krazilla-Oraynor.

Cette victoire était celle de la dame Dewal. Et cela impliquait tellement de choses. La donne de la politique impériale allait encore changer.

LES OBEDIENTS MECANIQUES (OU LE PEUPLE DES MACHINES)

http://www.lescurieuses.net/2014/11/intelligence-artificielle-doit-on-la-craindre-ou-laccelerer/

OBEDIENT MECANIQUE est le nom générique pour toutes les formes de vie intelligente artificielle qui évoluaient au côté des formes de vie intelligentes organiques à l’époque de l’empire d’Elium.

Bien qu’extrêmement avancés technologiquement, les orixans ne sont pas les créateurs des Obédients mécaniques. Ils ont été conçus par une espèce plus évoluée encore, antérieure à leur civilisation et qui avaient déjà disparu mystérieusement avant l’apogée d’Elium.

Les obédients mécaniques sont les antagonistes de la première théomachie qui opposait vie organique contre machines. Elle s’est soldée par la victoire des Orixans et le début de leur ascension et l’asservissement des obédients parqués à des fonctions telles que l’exploitation des mines d’astéroïdes (trop dangereuses pour des formes de vie organique), des fonctions ouvrières, domestiques …

Ces fonctions contrastaient avec l’extrême sophistication et complexité de leurs systèmes et organisations :

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Tous les obédients mécaniques quelques soient leur forme ont un cerveau positronique : ce sont des ordinateurs quantiques à système ternaire dont les processeurs sont en carbonado (une forme de diamant qui rend les processeurs beaucoup plus rapides, beaucoup plus performants, plus résistants à la chaleur… que nos processeurs en silicium). Les circuits nerveux sont associés à des fibres optiques améliorées. Le squelette, l’armature et le revêtement sont fait en métamatériaux polymorphes semi-métalliques.et chacun sont munis d’une pile atomique ou à combustible selon la classe.

Si tous les obédients mécaniques ont une volonté propre et éprouvent des émotions et des sentiments, ils obéissent tous à l’obédient mécanique père qui possède un code source principal (dont la modification à permis leur asservissement).

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TERMINATOR
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LE ROBOT NAO (existe pour de vrai)
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THE BICENTENNIAL MAN
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ROBOCOP
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I ROBOT

CHAPITRE 16: LES OBEDIENTS MECANIQUES

Une formation d’une dizaine de destroyers était en orbite autour de la planète-mère des Orixans, Elium. Dans l’un d’eux, sur le pont supérieur, face à une immense interface, une jeune femme observait le panorama de la planète bleutée. Elle fut rejointe par une autre femme dont les yeux bleu-argentés étaient reconnaissables. Quand elle la vit, elle s’écria surprise :

– Dame Njeddo Dewal ! Je ne m’attendais pas à vous voir ici. Sa majesté, mon noble époux ne m’avait pas précisé que l’honorable Neuf, qui serait à bord pour la visite, serait sa diseuse-de-vérité…personnelle.

La beauté dure de l’arrivante ne faisait pas le poids face à la splendeur de l’impératrice. Elle fit la révérence à sa maîtresse :

– Ras Ayida, noble empresse. Je m’attendais moi-même à voir l’empereur en personne sur ce spationef.

– Il avait une affaire urgente à régler…sur Gahinore.

L’impératrice guetta sa réaction, car la rivalité entre elle et le prince de Gahinore était de notoriété publique. Mais la diseuse-de-vérité de l’empereur était passée maître dans l’art de dissimuler ses sentiments. Sereinement, elle enchaina :

– Bien, c’est avec vous, noble empresse que je ferai visiter les premiers obédients mécaniques qui combattront.

L’impératrice inclina légèrement la tête de côté tout en la fixant du regard :

– Qu’il en soit ainsi.

Elles marchaient côte à côte. Ayida demanda :

– Est-ce vous qui avez mis au point le programme informatique de militarisation ?

– Il est vrai que je suis experte dans de nombreux domaines scientifiques, mais j’ai préféré confier la tâche à plus expérimenter que moi, répondit Njeddo Dewal. Cependant, j’ai supervisé les opérations. Et je veillerai personnellement à ce que notre première attaque offensive expérimentale soit un succès, votre altesse impériale.

– Dans combien de temps cela prendra-t-il effet ?

– La propagation du programme de militarisation a été instantané, mon empresse. Tous les obédients mécaniques de par les univers ont été désactivés quelques centièmes de milliseconde pour la mise à jour. Comme vous avez pu le constater, cela a été imperceptible.

– Les obédients mécaniques domestiques, protocolaires, miniers, ouvriers… partiront-ils tous en guerre ?

– Non, noble souveraine. Uniquement, s’il faut appuyer les obédients mécaniques militaires.

Ras Ayida cessa de marcher pour regarder Njeddo Dewal. Elle demanda étonnée :

– Il y a des obédients mécaniques militaires ? Déjà ? Comment cela est-il possible ?

– Les réservistes des mines des Cassitérides ont été réquisitionné il y a peu, mon empresse. Plus de 300 millions pour chacun des planétoïdes de cette fédération. Ils serviront à reprendre les deux avant-postes perdus en bordure de ce système.

– Qui a ordonné cette réquisition ?

– Noble souveraine. L’empereur en personne par décret impérial. L’heure était grave, Elium-la-brave perd ses défenses les unes après les autres.

– Bien, continuons.

Elle ne voulut pas approfondir la question bien qu’elle ait été contrariée qu’une décision aussi importante ait été prise sans son accord et sans qu’elle en soit informée rétrospectivement. Ce n’était pas la première fois qu’elle avait été mise à l’écart des affaires impériales. Elle savait que Dame Njeddo Dewal en était responsable. Son cousin l’avait déjà suffisamment prévenu pour qu’elle ouvre enfin les yeux. Elle était certes impératrice consort mais détenait elle aussi le pouvoir impérial, par décret.

Elles avaient pris un transporteur pour les emmener dans le centre du vaisseau. Un trajet, qui aurait mis un peu plus d’une heure à pied vu les dimensions du vaisseau, ne leur avait pris que quelques secondes.

L’impératrice profita de cette intimité pour demander :

– Où en est cette arme biologique censée nous débarrasser définitivement de nos assaillants ?

Njeddo Dewal frémit imperceptiblement, surprise que sa souveraine aborde un sujet aussi controversé.

– Vous frémissez ? demanda-t-elle, feignant d’être inquiète.

Elle mentit :

– Non, noble reine impériale. Le projet est toujours en cours de développement. Nous l’utiliserons dans le cas unique où les obédients échoueront dans leur nouvelle tâche.

La reine reprit en aparté :

– Gageons alors que le recours à l’arme virale soit inutile…

Elles arrivèrent dans un grand hangar où étaient correctement alignés et à perte de vue des millions de machines. De taille d’homme, elles avaient une armature métallique et recouverte d’un métamatériau gris, d’apparence siliconée, presque translucide. Sur six pattes, elles avaient une paire supplémentaire en guise de bras et une sorte d’appendice caudale. Ça leur donnait un air de scorpion. Il y avait quelques scientifiques et techniciens qui, reconnaissant leur souveraine, s’étaient inclinés. Ils semblaient être des humains normaux car aucune aura ne transparaissait de leur peau et leurs yeux n’affichaient pas l’insolente grandeur des Orixans. Mais surtout, ils avaient une taille normale. Ils avaient arrêté leurs travaux et restaient immobiles, la tête légèrement baissée en gage de respect. L’impératrice inspectait :

– Impressionnant, chère Dame. Si les obédients s’avèrent aussi efficaces que vous l’attendez, les autres motions n’auront pas besoin d’être soumis au conseil martial.

Elle perçait de son regard de bronze Njeddo Dewal pour observer une quelconque réaction. Il n’eut rien. Elle répondit juste avec un sourire neutre:

– Ce serait mon plus grand souhait, noble altesse.

Imitant alors le décorum de l’impératrice, elle avait légèrement baissé la tête tout en la regardant. Déjà l’impératrice avait jeté son dévolu sur un objet étrange :

– Est-ce que c’est lui ? Pointant du doigt un cube gris métallique, aussi gros qu’un bus.

– Oui, c’est l’interface de l’obédient mécanique père, noble souveraine. C’est par lui que sont centralisées toutes les commandes informatiques.

– Je veux lui parler.

– Noble impératrice. Toutes les créatures à travers les 12 univers peuplés vous obéissent. L’obédient mécanique père en fait partie.

Ras Ayida se mit en face d’une des arêtes du cube :

– Dis-moi d’où tu viens, créature de métal.

Le cube gris vibra, se souleva, mu comme par une force magnétique, puis il fondit en une sphère grise liquide. Un visage humain se forma à sa surface. Sa voix était comme celle d’un synthétiseur et faisait des ondes à la surface de la sphère comme une pierre qu’on jette dans l’eau:

– Mon créateur ne m’a jamais dit son nom, ni d’où je venais.

– Je connais cette réponse créature de métal. J’ai lu tous les rapports après que nous ayons défait les tiens de leur agressivité envers les formes organiques. Sais-tu qui je suis ?

– Sa noble Majesté Ayida, Impératrice et Souveraine des 12 Mondes, Reine Consort d’Elium et Princesse de Gahinore, Védrona et Mizélis.

– Bien et toi, je te repose la question : qui es-tu ?

Le visage fit une pause avant de répondre :

– L’obédient mécanique père qui centralise les commandes des obédients mécaniques qui vous servent.

L’impératrice se tourna vers Njeddo Dewal :

– Perspicace votre jouet…

Njeddo Dewal resta de marbre. Pourtant elle était surprise par cette boutade. Elle ne laissa rien paraître. L’impératrice reprit :

– Peux-tu attaquer et détruire Gahinore, Védrona et Mizélis si je le souhaitais ?

Surprise, Njeddo Dewal voulut parler, mais l’impératrice leva aussitôt impérieusement la main pour qu’elle se taise.

– Non. Je ne peux attaquer aucune forme organique qui soit l’allié de l’empire. Je sers les Orixans et leurs alliés, je dois les sauver quoiqu’il m’en coute mais pas à leurs dépens. Je dois me sauver quoiqu’il en coûte mais pas au dépend des Orixans et de leurs alliés que je sers.

Elle se tourna à nouveau vers Njeddo Dewal :

– Tu l’as fort bien dressé.

Njeddo Dewal la défiait du regard et faisait mine de ne pas comprendre.

– Je vous demande pardon, noble empresse ?

– Mes paroles t’étonnent ? Moi qui suis d’habitude si candide. Mais je ne suis pas dupe de tes manigances.

N’importe qui aurait vacillé ou bredouiller face à des accusations aussi grave de la part d’un membre de la puissante famille impériale. Mais pas Njeddo Dewal qui gardait son calme. Elle s’était simplement mise à genou et regardait le sol :

– Si j’ai offensé de quelques manières que ce soit l’empresse des 12 mondes, je vous demande pardon et ferait pénitence.

Ras Ayida reprit d’une douce voix :

– Cela suffit toute cette comédie millimétrée chère Dame. Sachez juste que mon noble cousin n’est pas le seul à s’interposer. Je suis debout entre vous et le trône impérial. Vous êtes dangereuse. Vous vous comportez comme une intrigante. Dorénavant, n’oubliez pas que le pouvoir impérial est détenu par l’empereur… et l’empresse. Mon noble époux  a le pouvoir mais j’ai le pouvoir de vous rétrograder à un niveau que vous ne soupçonnez même pas. Si une seule décision m’échappe encore, je vous tiendrai personnellement pour responsable. Ne l’oubliez jamais. Et je veux connaître rapidement l’avancement exact du projet sur ce virus. Nous ne saurions être maintenus plus longtemps dans l’ignorance. Est-ce entendu ?

– Oui, Empresse…, balbutia-t-elle.

– Je ferai mon rapport à mon noble époux. Attaquez dans l’heure les avant-postes Krazilla et Oraynor, ordonna-t-elle au visage sans se soucier de Njeddo Dewal qui était restée à genou la tête baissée. Il est vital que ces bases reviennent au plus vite dans notre giron !

Les millions d’obédients mécaniques s’étaient cambrés sur leurs six pattes, comme une sorte de garde-à-vous. Elle partit sans même s’adresser à Njeddo Dewal. La sphère redevint un cube posé sur le sol du hangar. La diseuse-de-vérité se releva furieuse et humiliée, les yeux injectées de sang.

– Que faites-vous encore ici ! Misérables vermines ahuries !

Elle chassa les scientifiques et les techniciens qui détalèrent comme des lapins. Plus calme, Elle s’approcha du cube et le caressa :

– Cette femme va me compliquer la vie. Elle se croit intouchable peut-être. Elle me paiera cet affront… et cet empereur, qu’est-il allé faire sur cette misérable planète ? Il est grand temps de questionner mes Trois-Yeux et mes Sept-Oreilles.

Peu de temps après, les vaisseaux-destroyers quittèrent l’orbite d’Elium pour la bordure du système stellaire, avec à leur bord plus d’un milliard de soldats mécaniques prêt à en découdre avec les Anunnakis.

LE SYSTEME GAHINORE-VEDRONA-MIZELIS

Il y a plus de 73 500 ans, les Orixans et les Humains sont installés sur Terre (Gahinore) mais aussi sur Mars (Mizélis) et sur Vénus (Védrona), intégrées au vaste empire transdimensionnel d’Elium.

Les trois planètes habitées bénéficient d’une faune et d’une flore bien spécifique à chacune et elles interagissent par des échanges commerciaux intenses.

TERRE ET MARS TERRAFORMEE
La Terre et Mars terraformée
Eon's World 2.0 - Archive eonscomic.kitmyth.net
Vénus terraformée

Cependant, les sols et les sous-sols de ces dernières ne sont quasiment pas exploités : les ressources minières proviennent essentiellement de l’exploitation des mines des astéroïdes de la ceinture du même nom par les obédients mécaniques miniers.

Les ressources alimentaires proviennent principalement de fermes spatiales orbitant autour des planètes. Tous ces dispositifs visent à préserver l’état naturel de l’environnement de ces trois planètes qui sont déjà densément peuplés.

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Exploitation minière d’un astéroïde
mars-one.fr
Ferme spatiale

Aussi, même les cités orixanes sont construites de telles manières à ce qu’elles soient assimilées au paysage et peuvent léviter à quelques kilomètres au-dessus de la surface.

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Cité volante

Mars ou Mizélis a une spécificité : de petite taille et en bordure lointaine de la zone Goldilocks (zone habitable), elle est trop froide et son attraction n’est pas suffisante pour maintenir une pression atmosphérique suffisante et donc de l’eau à l’état liquide. Les Orixans ont donc construits dans les sous-sols de la planète un dispositif sophistiqué qui génère de la gravitation artificielle (les centrales gravitogènes) et rend la planète aussi lourde que la Terre et Vénus. Ces centrales produisent également un champ magnétique qui protègent l’atmosphère des vents solaires.

Quant à Vénus (Védrona), elle n’est pas la planète infernale que nous connaissons aujourd’hui mais est une parfaite jumelle de la Terre à l’époque des dinosaures avec son satellite Cythérokin (plus petite que la Lune).

La présence orixane est présente jusqu’à Saturne ou un vaisseau-cargo filtre l’atmosphère de la planète pour raffiner l’hélium 3 (élément indispensable pour la fusion nucléaire et donc source d’énergie « renouvelable »).

The mysterious hexagon of Saturn

CHAPITRE 13: LE CONSEIL DES TREIZE

Sur Gahinore, la planète bleue, la civilisation des Humains étaient bien loin de ce qu’on appelle l’âge de pierre. Brillante, en plein essor et technologiquement étonnamment plus avancée que nous le serons jamais, les échanges commerciaux étaient florissants avec les planètes voisines : Védrona et Mizélis. Gahinore, qui n’était autre que notre bonne vieille Terre, n’était pas aussi différente d’aujourd’hui. Quant à Védrona et Mizélis, vous l’aurez sans doute compris, elles sont respectivement les noms orixans des planètes Vénus et Mars. Toutes deux alors verdoyantes, humides et peuplées.

Epargnées jusqu’alors des zones de combat, les trois planètes servaient de terre d’accueil pour les exilés de guerre et devaient payer un lourd tribut en soldats et en vaisseaux d’attaque et de défense. Car c’était là le devoir de toutes planètes vassales d’Elium l’Impériale.

Toutes les trois avaient à leur tête, trois frères : Ras Olokun dit le sage était prince-régisseur de Gahinore. Petit de taille pour un Orixan, il était reconnaissable par ses yeux or-brun. Il avait un visage doux et vénérable qui savait exprimer la sévérité quand les circonstances le demandaient. Grand leader, il avait pourtant vu sa popularité diminuer face à l’influence grandissante de la conseillère Njeddo Dewal qui avait le statut de « diseuse-de-vérité »  attachée au trône impérial.

Son benjamin avait hérité de Mizélis. Il s’appelait Ras Ogum le hardi. Bien plus grand que ses deux frères, il était connu pour avoir été le seul à avoir sauvé un système planétaire entier du génocide des Anunnakis. La bataille de Nimba, qu’il avait mené, était restée graver dans les annales et dans les mémoires.

Et enfin, l’ainé avait gardé Védrona comme fief. Il portait le nom de Ras Shango. Il était incontestablement le pilier le plus solide de Ras Olokun le sage.

Tous les trois étaient aujourd’hui réunis avec les dix autres souverains qui s’étaient opposés au vote de la motion B-757. Tous les treize étaient en huis-clos dans une salle qui ne laissaient entrer ni échapper aucune onde électromagnétique ni télépathique. Ils pouvaient être certains qu’aucune information ne pourraient fuiter pendant l’entretien. Ce lieu était appelé la Salle-sans-Ombrage.

Ils avaient pris place autour d’une très grande table ronde taillée d’un seul bloc dans la plus grosse des émeraudes importée de Védrona.

Si la majorité des treize assis avait l’apparence d’humains avec des attributs divins, d’autres en revanche n’auraient jamais pu passer inaperçu dans les rues de nos villes.

Le roi de Ker était terrifiant avec ses yeux rouges qui étincelaient comme des rubis. Aussi grand et aussi carré qu’un ours, il était aussi très bien pourvu en poils. Le visage des Kérites avait un aspect simiesque et leur voix grondait comme le tonnerre. A première vue, personne n’aurait voulu être leur ennemi ou leur chercher des problèmes. Leur caractère belliqueux s’accordait parfaitement avec leur physique impressionnant.

Le roi d’Otroki et des Otrokiens était aussi grand et aussi poilu. Et il faut bien le dire, avait un aspect simiesque également, bien que les deux espèces étaient génétiquement assez éloignés. Il suffisait déjà de voir que l’Otrokien avait deux paires de bras.  Si la première espèce semblait tout droit sortir d’un cauchemar, la seconde en revanche avait une apparence rassurante, comme de grosses peluches toutes dociles. Ils étaient aussi pacifiques qu’ils en avaient l’air. Leur voix également grave ressemblait plus à un ronronnement de gros chat. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les membres de cette race ne se nourrissaient que d’eau et de lumière. Leur pelage, en effet, le plus souvent roux, était photosynthétique.

Mais s’il fallait parler d’une vision sortie d’un rêve féérique, la reine de Nimba était la meilleure candidate : Sa majesté Amui-Ata. Elle venait d’une planète deux fois plus grosse que Gahinore, presque entièrement recouverte d’eau dont la couverture nuageuse et l’atmosphère étaient exceptionnellement denses. Elle était longue et féline. Dessinée comme une amphore, la texture de sa peau était entre celle du poisson et de l’amphibien. Elle arborait un camaïeu de bleue avec des irisations turquoise. Elle possédait une paire d’aile prothétique de belle envergure qui lui servait aussi bien à nager dans l’océan qu’à planer dans les airs denses de sa planète natale. Sa voix ensorcelante était comme une musique de harpe. Mais attention, tous les souverains de l’empire avaient appris à ne pas sous-estimer cette sirène qui pouvait devenir, comme son homologue mythologique, aussi dangereuse que belle.

La Salle-sans-Ombrage était éclairée par une lumière blanche fantomatique qui semblait émaner de nulle part. Elle n’était occupée que par l’antique table ronde d’émeraude et par les treize sièges flottant sur lesquels avaient pris place les souverains. Les murs étaient nus et incurvés, sans trace de portes ou d’une quelconque ouverture.

Olokun le sage commença :

– Njeddo Dewal nous prend de vitesse. Son influence grandit auprès de l’empereur.

– Et la tienne diminue auprès de l’impératrice, notre cousine, rajouta Ras Shango.

– Je vous dis depuis des lustres qu’il faut ouvertement la défier pour la faire condamner, intervint Ras Ogun.

Le roi des Kérites approuva mais Eabani l’Otrokien contra :

– Sans preuve ?

– Nous en avons suffisamment, gronda Sabroukou le Kérite.

Amui-Ata calma le jeu de sa voix enchanteresse :

– Juste des suppositions, des bribes de données… des convictions. Ça ne suffirait pas. En revanche, nous devons faire plus attention à notre groupe qui perd des membres. D’un conseil de trente-six, nous ne sommes plus que treize. Même cette réunion peut être considérée comme de la haute trahison. Etre déclaré félon n’arrangera pas nos affaires, c’est sûr.

– Etre déclaré félon ? Pour quelles raisons ? s’étonna l’un des treize.

Olokun répondit :

– Pour conspirer contre l’empire et tenter de renverser le régime.

– De vouloir faire sécession. Il y a plein de raisons. Ils auraient l’embarras du choix, rajouta son frère de Védrona.

Sûr de lui, le souverain gris de Gabar déclara :

– Il ne se risquerait pas à une guerre interne. Cela le priverait pendant des décennies voire des siècles des rentes vassales de nos planètes.

Olokun secoua la tête, désespéré par l’ignorance de son interlocuteur. Il s’adressa à tous :

– Je pense que vous n’avez pas bien compris à quoi peut servir de militariser les obédients mécaniques. Attaquer et réduire en miette les Anunnakis : oui, pour un certain temps. Mais pas uniquement. L’empereur lui-même ne le sait pas encore. Mais Njeddo Dewal sait que ce sera la seule manière de défaire nos armées quand le moment sera venu. L’empereur acceptera sans sourciller car plutôt qu’avoir nos rentes, négocier et écouter la voie de la raison, avoir le contrôle direct de nos richesses sera bien plus avantageux.  Combattre sur deux fronts avec les milles milliards d’obédients à ses côtés ne l’effraiera pas.

Le même souverain s’écria :

– Il faut renvoyer nos obédients ou les désactiver avant qu’il ne soit trop tard !

– Trop suspicieux, renchérit Olokun. On nous demandera des comptes. N’oubliez jamais, Njeddo Dewal guette tous nos faits et gestes. L’empereur boit ses conseils comme de la liqueur d’immortalité. Nous devons manœuvrer avec discrétion sans attirer l’attention sur nous.

– Et ce n’est pas le seul à boire ses paroles. Les 8 autres des Neuf aussi, ainsi que la majorité des membres du conseil martial, appuya son autre frère.

La voix de l’Otrokien ronronna :

– En parlant des Neuf, savons-nous enfin ce qu’est le protocole des Neuf. Qu’est-ce qu’ils mijotent en secret ?

– Là-dessus, nous sommes toujours dans l’ignorance totale sur ce mystérieux protocole malgré nos espions. Officiellement, il n’existe même pas. Nous savons que les motions font partie intégrante de leur grand dessein. Mais pourquoi font-ils cela ? Dans quel but ? Nous l’ignorons, avait répondu Olokun. Et quelque chose me dit que ce n’est sûrement pas pour sauver l’empire.

Le Lielosien avait pris la parole pour la première fois :

– Oui, ils profitent de cette guerre qui dure maintenant depuis mille ans pour mener à bien un projet.

– Et ça fait mille ans que nous ne savons rien ! trancha Ras Ogun.

L’Otrokien poursuivit :

– Savons-nous enfin le contenu des deux autres motions à venir ?

– La première à en croire mes sources serait d’avoir recours à une arme biologique pour décimer les Anunnakis. Un virus terrible qui est en cours de développement. Encore une arme qui pourrait se retourner contre nous. La seconde serait d’avoir tout simplement recours… aux Regalia.

Olokun l’avait su car l’impératrice le lui avait révélé quelques jours après le vote de la première motion. Une vague d’effroi imperceptible avait balayé la pièce. On pouvait lire sur les lèvres des souverains : les Regalia. Ses deux frères s’insurgèrent :

– Aussi longtemps que nous serons en vie, cette motion ne passera jamais !

– Sauf si nous sommes tous les trois déclarés félons, auquel cas nos voix passeront à l’unique représentante de notre lignée : notre cousine. Elle a beau être de notre sang, elle restera fidèle à son trône et à son époux.

– N’en soyons pas si sûr, avait soufflé Olokun.

L’ainé assura :

– Quand bien même ! Pour obtenir les cinq Regalia, il leur faut cinq clés… Notre famille est garante de l’une d’elles. En tant qu’ainé, je suis le seul à savoir où elle se trouve. Et je préfère mourir en emportant avec moi le secret de sa cachette.

– Soit, mon cher seigneur. C’est une déclaration bien noble que j’entends là. Cependant, n’engagez pas nos vies et celles de nos peuples dans votre bravoure qui peut parfois s’avérer inutile dans certaines situations…, avait rétorqué Sabroukou d’un ton sec.

Le prince de Védrona voulu riposter mais son sage frère l’en dissuada d’un geste discret. Il donna la parole à Eabani qui semblait avoir à dire quelque chose de capital.

–  En ce qui concerne les obédients mécaniques, j’ai peut-être une solution…

Tous le regardaient avec avidité, attendant qu’il dispense sa bonne parole.

– Parle singe volubile ! gronda le Kérites, ce qui, vu le personnage, est ironique, vous me l’accorderez.

L’Otrokien ne releva pas et poursuivit :

– Nous ne savons pas d’où ils viennent, n’est-ce pas. Mais les abstracteurs de quintessence sont suffisamment anciens pour le savoir, eux. Il n’est pas impossible de croire qu’ils auraient la solution pour les empêcher d’agir contre nous.

Le souverain gris dit aussitôt :

– L’idée n’est pas saugrenue. Mais… tous sont portés disparus. Il n’en reste aucun nulle part, aucune archive. Et ceux depuis plus d’un million d’année.

Eabani regardait tour à tour les trois Orixans comme s’il s’attendait à qu’ils disent quelque chose de plus pour soutenir sa thèse.

La douce voix enchanteresse de la sirène brisa ce manège :

– Je vois que vous savez comment nous sauver. Ne nous faites plus attendre…

Le prince régisseur de Gahinore se redressa et répondit :

– Nous sauver ? Non. Mais notre situation n’est pas aussi désespérée que nous le pensions. L’empire des Livres, vous connaissez ?

Aucun ne réagit sauf Eabani qui croisa ses paires de bras, satisfait.

– L’empire des Livres est l’archive des abstracteurs de quintessence… d’après la légende.

– Vous comptez nous faire espérer avec une légende ?

– Oh, mais les légendes Orixanes sont toujours emprunts d’espérance salvatrice, mon cher roi Sabroukou. Celle-ci ne déroge pas à la règle.

– Et où se trouvent ces archives ?

– Mon cher, dès que je le sais, je vous le dis. Mais Eabani n’a pas tort. Si nous la trouvons, nous aurons beaucoup de soucis en moins.

CHAPITRE 9: LA MOTION B-757

L’imagination attisée par la grand-mère qui avait été mince comme un épi de blé transporta l’auditoire attentif 73 500 ans plus tôt, quelque part sur une planète inconnue et habituellement inhabitée. L’empereur des Orixans y avait convoqué l’ensemble de l’amirauté des quatre coins des univers. Tous les généraux des dernières flottes spatiales restantes étaient présents au grand complet, mais également les rois et reines vassaux, les princes et princesses des maisons mineures et majeures, les ambassadeurs des peuples et nations alliés et bien entendu ceux que l’on appelait les Neuf, les diseurs de vérités impériaux, des conseillers de haut rang très respectés, dont l’incontestée Njeddo Dewal.

L’aspect des Orixans était différent de celles des autres espèces humaines. Il était semblable à celle des Dieux tel que l’on se l’imagine. Tous étaient grands et majestueux. Si certains avaient la peau aussi blanche que l’albâtre, d’autres avaient la peau aussi noire que l’ébène. Leurs yeux dorés, argentés ou encore bronze écarlate étaient animés d’une lueur intimidante pour le commun des mortels. Leur chevelure tressée mêlée à des fils de soie platinés faisait honneur à leurs parures, habits et armures de lumière. Au travers de chacun d’eux semblaient transparaître une aura de divinité. Car même si aucun d’eux n’étaient des êtres divins, ils en possédaient les pouvoirs et l’immortalité. C’est pourquoi nos ancêtres, les Hommes d’antan, les vénéraient comme tels.

La grande cité impériale, qui pouvait voyager de planète en planète, était si gigantesque qu’elle aurait pu recouvrir 3 fois la plus vaste de nos agglomérations. Tel un navire, elle flottait juste au-dessus des eaux sans un bruit. Son armature en cristal et en métal luminescent la faisait ressembler à nulle autre chose connue des Hommes sinon à une arche fantastique surgit d’un monde surnaturel.

L’atrium du palais était majoritairement bondé de ces êtres sveltes et lumineux. Mais la salle était si grande qu’elle aurait pu en contenir encore le triple. Ils discutaient bruyamment et on sentait qu’il y avait une forte agitation et de la tension dans l’air.

Les voix s’arrêtèrent brusquement comme si on avait coupé le son. L’empereur des Orixans en personne venait d’entrer. Si les autres étaient incontestablement majestueux, lui l’était bien plus encore. Sans parler de sa noble épouse, l’impératrice, qui était à sa suite et qui affichait une beauté exceptionnelle. Tous les deux inspiraient la puissance et l’ordre.

L’échanson bomba le torse et prit la parole :

« Sa noble Majesté Ras Damballa, Empereur-Suzerain et Souverain des 12 Mondes, Roi d’Elium ».

Les gens se prosternèrent respectueusement.

« Sa noble Majesté Ras Ayida, Impératrice et Souveraine des 12 Mondes, Reine Consort d’Elium et Princesse de Gahinore, Védrona et Mizélis».

Tous se prosternèrent à nouveau respectueusement.

Les deux souverains prirent place sur leur trône. Dans la salle, des petites plateformes avec des sièges se dessinèrent en émergeant du sol. Les convoqués s’y assirent à leur tour. Elles se mirent à flotter et à s’organiser sans se télescoper pour former un hémicycle graduel autour des deux trônes.

L’échanson reprit une dernière fois la parole :

« Je déclare la première session extraordinaire du Conseil Martial officiellement ouverte».

En effet, l’immense empire des Orixans, qui s’était étendu sur plus de 144 000 planètes et planétoïdes, répartis à travers plus de 99 galaxies et dans 12 univers parallèles différents, était en guerre. Mais rien à voir avec nos guerres humaines pourtant effroyables. La guerre qui provoquait l’effondrement des 12 mondes et qui poussaient ces êtres pareils à des Dieux au bord de l’extinction était cataclysmique. Cataclysmique au point que les descendants des survivants la connaissent sous le nom de théomachie : la guerre des dieux.

Des étoiles entières étaient écrasées et leur énergie aspirée pour soutenir l’effort des combats. Des milliers de planètes étaient rasées et exploitées jusqu’aux derniers milligrammes de métal et d’eau.  Des milliards de combattants perdaient la vie. Ils combattaient un ennemi si redoutable. Un ennemi qui n’avait aucune pitié, qui ne connaissait ni le repos ni les trêves et qui semblait grossir démesurément. Alors qu’eux-mêmes, auparavant dix fois plus nombreux que les humains de la Terre à notre époque, ils semblaient être réduit à seulement quelques centaines de millions d’individus. De nombreuses espèces intelligentes alors, qui faisaient partie de l’empire, s’étaient éteintes définitivement, exterminées, après que leur monde soit tombé sous le joug tyrannique et irraisonné des Anunnakis.

Damballa l’empereur se leva après avoir regardé d’un air grave son épouse. Elle lui rendit un regard de soutien. Sa voix grave et forte emplit tout l’atrium. Il parlait lentement et distinctement afin que tous ne perdit aucun sens de ses mots :

« A l’heure où nous vous parlons, les avant-postes qui gardent Elium, notre planète-mère, essuient les terribles assauts de l’ennemi. Si ces avant-postes tombent, Elium-la-fabuleuse sera assiégée et les six derniers mondes restants qui sont sous notre bienveillante protection sombreront également rapidement après elle. Je vous ai convoqué tous ici pour voter une motion, à l’unanimité si cela est possible, pour défaire une loi qui nous est chère et qui sauveront, nous l’espérons, nos vies et les vôtres. »

Dame Njeddo Dewal qui était assise sur la plateforme à l’extrême droite des trônes impériaux chuchota à l’oreille de son fidèle accompagnant, le général Leuk :

– Nous y voilà. Cette motion aurait dû être soumise bien plus tôt pour sauver ce qui reste de cet empire en perdition.

Ce dernier acquiesça. Il la regardait avec admiration. Elle avait une beauté sévère. Seuls ses yeux argentés presque bleutés trahissaient son âge multimillénaire. Elle était parmi les Neuf devenue la plus influente à la cour impériale depuis que la guerre avait éclaté quelques mille ans en arrière. Elle n’était bien évidemment pas étrangère à cette motion dont l’empereur avait repoussé la soumission pendant près de 359 ans. Cela devait vraiment être une loi fondamentale pour qu’une motion visant à l’abroger soit autant moralement difficile à soumettre.

En réalité, Dame Njeddo Dewal avait proposé à l’empereur et son épouse trois motions pour l’empire, toutes plus terribles les unes que les autres. Ce jour-là, il en soumettrait une, à contrecœur, certes, mais convaincu dorénavant, compte-tenu des circonstances, du bien-fondé des conseils de la Neuf. Celle qui était devenu depuis peu la diseuse-de-vérité personnelle de l’empereur, un titre honorifique qui faisait que sa parole était d’une autorité absolue, avait  pris une part importante aux affaires impériales.

L’empereur Damballa dit :

« La motion B-757 vise à abroger la loi d’anti-militarisation des obédients mécaniques ».

Le choc de la nouvelle fit comme une vague déferlante dans l’assemblée qui était passée d’un silence attentif et tendu à une agitation bruyante et consternée. Seuls Dame Njeddo Dewal et son compère semblaient savourer l’instant. Plus au centre et en hauteur, le propre cousin de l’impératrice, le prince héritier de Gahinore, regardait avec circonspection la scène. Il savait qu’il se tramait quelque chose, il savait que la plus influente des Neuf y était pour quelque chose. Lui seul et ses partisans savaient que c’était une intrigante de la pire espèce et qu’en dépit de son apparente envie de bien faire, sa langue aiguisée ne pouvait que provoquer la ruine du couple impérial et de son empire.

A ses côtés, le jeune général suppléant des flottes spatiales de Gahinore lui demanda :

– Peut-être faut-il militariser les obédients, ils sont bien plus nombreux que nous et ne connaissent pas plus le repos que notre ennemi. Ils pourraient endiguer l’invasion. Ils combattraient à notre place pendant que nous recouvrerons nos forces. Et peut-être même qu’ils gagneront la guerre pour nous…

– Mais vous rêvez ! Vous rendez vous compte, de tous les « peut-être » ??? J’espère que les autres ne se laisseront pas abuser par cette idée absurde. Dois-je vous rappeler que les obédients ont des capacités comparables au nôtres. Si jamais, ils se soulèvent, nous n’aurons pas à faire face à un seul ennemi redoutable, mais à deux ! S’il gagne la guerre, ça ne sera pas uniquement contre les Anunnakis mais contre nous-même également.

– Je ne peux pas me rappeler le soulèvement de ces machines. Je n’étais pas né, c’est vrai, mais …

Il le rabroua :

– Non, effectivement, vous n’étiez pas né ! Ne pensez pas que c’était juste une erreur dans les algorithmes des programmes de ces machines pensantes, comme c’est écrit dans ces livres d’histoires falsifiés ! Vous ne vous rappelez que de ce que vous avez lu et non de ce que vous avez vécu. Je sais qu’elle y ait pour quelque chose. Elle veut remettre le couvert et je serai là encore une fois pour l’en empêcher.

– Qui cela ? S’interrogea le jeune général suppléant, bien qu’il ne douta pas une seule seconde de qui il s’agissait.

A ce même moment, comme pour répondre à sa question, Dame Njeddo Dewal se retourna vers la plateforme du prince. Ils s’affrontèrent durement du regard. Elle, avec un sourire narquois et ses yeux argentés bleutés, et lui avec son regard d’un jaune sombre ambré plein de défi.

L’empereur rappela l’atrium au calme, ce qui ramena aussitôt le silence et interrompit le face à face de la Neuf et du prince de Gahinore.

Les plateformes clignotaient. Cela signifiait que les personnes voulaient prendre la parole.

« Nous ne souhaitons pas de débats interminables et houleux. Les heures de l’empire sont comptées. Nous voulons une réponse rapide qu’elle soit positive ou négative ».

Dame Njeddo Dewal hochait de la tête pour approuver. Alors que le prince secouait la tête avec véhémence, désapprouvant totalement:

– La légendaire démocratie de l’empire Orixan est devenue bel et bien une légende.

L’empereur interpella l’assemblée :

« Vote positif pour la motion ?»

Dame Njeddo Dewal perça du regard les 8 autres Neuf.  Après quelques hésitations, leur plateforme s’éclaira. Ils approuvaient eux aussi. L’effet fut immédiat. Presque toute l’assemblée avait voté oui.

Le prince regardait ses partisans en secouant la tête de manière autoritaire pour leur signifier qu’il n’était point question de participer à cette mascarade grotesque. Certains avaient fait semblant de ne pas le voir et avaient éclairé leur plateforme.

– Regarde ces moutons de traître, ils hâtent la fin de notre monde.

– Mon seigneur, il faut prendre la parole, lui répondit-il désespérément.

L’une des rares plateformes qui étaient restés éteintes fut la sienne. Dame Njeddo Dewal s’était à nouveau retournée vers lui d’un air moqueur. Il faisait mine de ne pas la remarquer. En apparence calme, à l’intérieur tout son être était en ébullition.

Le prince fit clignoter sa plateforme non pas pour approuver la motion mais pour prendre la parole. Son accompagnant était content. L’empereur voulait refuser mais l’impératrice lui glissa avec sagesse:

« Laisse-lui son droit de parole, c’est une décision grave que l’empire prend aujourd’hui. » L’empereur se résigna :

« Je donne la parole au prince Ras Olokun de Gahinore ».

Dame Njeddo Dewal se roidit. Elle lança à son accompagnant :

– Croit-il changer nos desseins ? Eprouvons sa verve, mais je doute que cela ne change la décision du conseil martial.

Elle doutait en réalité, car même si le prince était connu pour être réservé et avare en parole, lorsqu’il ouvrait la bouche, il savait convaincre aussi bien qu’elle. Et il ne fallait surtout pas sous-estimer l’influence qu’il avait sur sa cousine l’impératrice qui avait bien entendu toute l’attention de son époux, le tout-puissant empereur des 12 mondes.

Ras Olokun que l’on surnommait, pas sans raison, « le sage » se leva et ses yeux jaunes sombres avaient une expression digne et solennelle.

« Cher Empereur, Chère Empresse, Chères Citoyens Impériaux. »

Tous s’attendaient à un discours mémorable et à des arguments imparables pour faire échouer la motion. Ce ne fut pas le cas, au grand dam de son accompagnant et de ses partisans restés fidèles.

« Nous vous gracions de tous discours éloquents pour vous persuader de l’absurdité de cette motion visant à déplacer nos forces offensives sur des êtres mécaniques pensants. Etres mécaniques dont le fonctionnement nous échappe. Etres mécaniques dont nous avons l’illusion du contrôle absolue.

Non, Nous n’essaierons nullement de vous persuader de ce que vous savez déjà tous et que vous feignez d’ignorer.

Mais sachez une seule chose, lorsque vous verrez vos cités assiégées et brûlées non pas par les Anunnakis mais par les obédients mécaniques, que Gahinore, Mizélis, Védrona, Daneb, Lielos, Sandalphon, Mirabilia, Gabar, Ker, Nimba, Otroki et la Fédération des Cassitérides se sont opposés à l’extinction de la race Orixane et de leurs alliés. »

Au fur et à mesure qu’il avait énuméré les planètes et planétoïdes qui lui étaient restées fidèles, les représentants sur les plateformes respectives s’étaient levés en mettant la main sur le cœur.  Il termina après un court silence éloquent :

« Je n’espère que ceci : que par la grâce de nos ancêtres les Etoiles, nos descendants connaîtront un jour une paix durable. »

L’assemblée restait silencieuse, presque interdite. Le général suppléant chuchota, ému:

– Je veux vous applaudir, mon seigneur.

– N’en faites rien surtout. L’heure n’est pas aux félicitations ni aux réjouissances. Quoique je dise, quoique je fasse, l’empereur a décidé que cette motion passerait. Ce vote est une fantaisie qui ne lui sert qu’à savoir qui est encore loyal à son trône. Plaider à contre sens, n’aurait servi à rien, mais il fallait que tous sachent que notre intégrité ne sera jamais bradée. Nous allons enquêter de notre côté sur cette fourbe et s’assurer que cette folle entreprise ne tourne pas au désastre.

Bien plus bas à l’extrême droite des trônes, l’accompagnant se réjouissait :

– Nous avons gagné ma Dame !

– Qu’une manche… juste une manche, rectifia-t-elle. Il ne lâchera rien, telle une bête qui veut absolument ronger de l’os. Il est plus dangereux que jamais.

– Quoi qu’il en soit le protocole des Neuf peut enfin commencer. Je suis curieux de savoir enfin ce que c’est. Dit-il gaiement.

Elle se tourna lentement mais on sentait que ses muscles étaient effroyablement raides:

– Ne dites plus jamais ça en public ! Plus jamais vous entendez !!! L’avait-elle menacé aussitôt.

Ses yeux étaient tellement effrayants qu’il vacilla. Il rougit de honte en baissant la tête :

– Je vous demande pardon ma Dame. Cela ne se reproduira jamais plus.

– Je l’espère ou je vous livrerai moi-même à ces reptiles d’Anunnakis !

L’empereur déclara, pour le plus grand plaisir de Njeddo Dewal, que la motion avait été votée à 1428 représentants contre 13. La loi d’anti militarisation des obédients mécaniques était abrogée. Le programme informatique visant à lever le verrou offensif contre les formes organiques par les machines pensantes serait diffusé dans la matrice algorithmique de l’obédient mécanique père. Ainsi elle serait transmise à toute son engeance. La défense des avant-postes se ferait dans la foulée pour sauver Elium de sa chute.