LE SYSTEME GAHINORE-VEDRONA-MIZELIS

Il y a plus de 73 500 ans, les Orixans et les Humains sont installés sur Terre (Gahinore) mais aussi sur Mars (Mizélis) et sur Vénus (Védrona), intégrées au vaste empire transdimensionnel d’Elium.

Les trois planètes habitées bénéficient d’une faune et d’une flore bien spécifique à chacune et elles interagissent par des échanges commerciaux intenses.

TERRE ET MARS TERRAFORMEE
La Terre et Mars terraformée
Eon's World 2.0 - Archive eonscomic.kitmyth.net
Vénus terraformée

Cependant, les sols et les sous-sols de ces dernières ne sont quasiment pas exploités : les ressources minières proviennent essentiellement de l’exploitation des mines des astéroïdes de la ceinture du même nom par les obédients mécaniques miniers.

Les ressources alimentaires proviennent principalement de fermes spatiales orbitant autour des planètes. Tous ces dispositifs visent à préserver l’état naturel de l’environnement de ces trois planètes qui sont déjà densément peuplés.

www.orionpx.fr
Exploitation minière d’un astéroïde
mars-one.fr
Ferme spatiale

Aussi, même les cités orixanes sont construites de telles manières à ce qu’elles soient assimilées au paysage et peuvent léviter à quelques kilomètres au-dessus de la surface.

Acheron - Cité volante - JeuxOnLine www.jeuxonline.info
Cité volante

Mars ou Mizélis a une spécificité : de petite taille et en bordure lointaine de la zone Goldilocks (zone habitable), elle est trop froide et son attraction n’est pas suffisante pour maintenir une pression atmosphérique suffisante et donc de l’eau à l’état liquide. Les Orixans ont donc construits dans les sous-sols de la planète un dispositif sophistiqué qui génère de la gravitation artificielle (les centrales gravitogènes) et rend la planète aussi lourde que la Terre et Vénus. Ces centrales produisent également un champ magnétique qui protègent l’atmosphère des vents solaires.

Quant à Vénus (Védrona), elle n’est pas la planète infernale que nous connaissons aujourd’hui mais est une parfaite jumelle de la Terre à l’époque des dinosaures avec son satellite Cythérokin (plus petite que la Lune).

La présence orixane est présente jusqu’à Saturne ou un vaisseau-cargo filtre l’atmosphère de la planète pour raffiner l’hélium 3 (élément indispensable pour la fusion nucléaire et donc source d’énergie « renouvelable »).

The mysterious hexagon of Saturn

CHAPITRE 13: LE CONSEIL DES TREIZE

Sur Gahinore, la planète bleue, la civilisation des Humains étaient bien loin de ce qu’on appelle l’âge de pierre. Brillante, en plein essor et technologiquement étonnamment plus avancée que nous le serons jamais, les échanges commerciaux étaient florissants avec les planètes voisines : Védrona et Mizélis. Gahinore, qui n’était autre que notre bonne vieille Terre, n’était pas aussi différente d’aujourd’hui. Quant à Védrona et Mizélis, vous l’aurez sans doute compris, elles sont respectivement les noms orixans des planètes Vénus et Mars. Toutes deux alors verdoyantes, humides et peuplées.

Epargnées jusqu’alors des zones de combat, les trois planètes servaient de terre d’accueil pour les exilés de guerre et devaient payer un lourd tribut en soldats et en vaisseaux d’attaque et de défense. Car c’était là le devoir de toutes planètes vassales d’Elium l’Impériale.

Toutes les trois avaient à leur tête, trois frères : Ras Olokun dit le sage était prince-régisseur de Gahinore. Petit de taille pour un Orixan, il était reconnaissable par ses yeux or-brun. Il avait un visage doux et vénérable qui savait exprimer la sévérité quand les circonstances le demandaient. Grand leader, il avait pourtant vu sa popularité diminuer face à l’influence grandissante de la conseillère Njeddo Dewal qui avait le statut de « diseuse-de-vérité »  attachée au trône impérial.

Son benjamin avait hérité de Mizélis. Il s’appelait Ras Ogum le hardi. Bien plus grand que ses deux frères, il était connu pour avoir été le seul à avoir sauvé un système planétaire entier du génocide des Anunnakis. La bataille de Nimba, qu’il avait mené, était restée graver dans les annales et dans les mémoires.

Et enfin, l’ainé avait gardé Védrona comme fief. Il portait le nom de Ras Shango. Il était incontestablement le pilier le plus solide de Ras Olokun le sage.

Tous les trois étaient aujourd’hui réunis avec les dix autres souverains qui s’étaient opposés au vote de la motion B-757. Tous les treize étaient en huis-clos dans une salle qui ne laissaient entrer ni échapper aucune onde électromagnétique ni télépathique. Ils pouvaient être certains qu’aucune information ne pourraient fuiter pendant l’entretien. Ce lieu était appelé la Salle-sans-Ombrage.

Ils avaient pris place autour d’une très grande table ronde taillée d’un seul bloc dans la plus grosse des émeraudes importée de Védrona.

Si la majorité des treize assis avait l’apparence d’humains avec des attributs divins, d’autres en revanche n’auraient jamais pu passer inaperçu dans les rues de nos villes.

Le roi de Ker était terrifiant avec ses yeux rouges qui étincelaient comme des rubis. Aussi grand et aussi carré qu’un ours, il était aussi très bien pourvu en poils. Le visage des Kérites avait un aspect simiesque et leur voix grondait comme le tonnerre. A première vue, personne n’aurait voulu être leur ennemi ou leur chercher des problèmes. Leur caractère belliqueux s’accordait parfaitement avec leur physique impressionnant.

Le roi d’Otroki et des Otrokiens était aussi grand et aussi poilu. Et il faut bien le dire, avait un aspect simiesque également, bien que les deux espèces étaient génétiquement assez éloignés. Il suffisait déjà de voir que l’Otrokien avait deux paires de bras.  Si la première espèce semblait tout droit sortir d’un cauchemar, la seconde en revanche avait une apparence rassurante, comme de grosses peluches toutes dociles. Ils étaient aussi pacifiques qu’ils en avaient l’air. Leur voix également grave ressemblait plus à un ronronnement de gros chat. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les membres de cette race ne se nourrissaient que d’eau et de lumière. Leur pelage, en effet, le plus souvent roux, était photosynthétique.

Mais s’il fallait parler d’une vision sortie d’un rêve féérique, la reine de Nimba était la meilleure candidate : Sa majesté Amui-Ata. Elle venait d’une planète deux fois plus grosse que Gahinore, presque entièrement recouverte d’eau dont la couverture nuageuse et l’atmosphère étaient exceptionnellement denses. Elle était longue et féline. Dessinée comme une amphore, la texture de sa peau était entre celle du poisson et de l’amphibien. Elle arborait un camaïeu de bleue avec des irisations turquoise. Elle possédait une paire d’aile prothétique de belle envergure qui lui servait aussi bien à nager dans l’océan qu’à planer dans les airs denses de sa planète natale. Sa voix ensorcelante était comme une musique de harpe. Mais attention, tous les souverains de l’empire avaient appris à ne pas sous-estimer cette sirène qui pouvait devenir, comme son homologue mythologique, aussi dangereuse que belle.

La Salle-sans-Ombrage était éclairée par une lumière blanche fantomatique qui semblait émaner de nulle part. Elle n’était occupée que par l’antique table ronde d’émeraude et par les treize sièges flottant sur lesquels avaient pris place les souverains. Les murs étaient nus et incurvés, sans trace de portes ou d’une quelconque ouverture.

Olokun le sage commença :

– Njeddo Dewal nous prend de vitesse. Son influence grandit auprès de l’empereur.

– Et la tienne diminue auprès de l’impératrice, notre cousine, rajouta Ras Shango.

– Je vous dis depuis des lustres qu’il faut ouvertement la défier pour la faire condamner, intervint Ras Ogun.

Le roi des Kérites approuva mais Eabani l’Otrokien contra :

– Sans preuve ?

– Nous en avons suffisamment, gronda Sabroukou le Kérite.

Amui-Ata calma le jeu de sa voix enchanteresse :

– Juste des suppositions, des bribes de données… des convictions. Ça ne suffirait pas. En revanche, nous devons faire plus attention à notre groupe qui perd des membres. D’un conseil de trente-six, nous ne sommes plus que treize. Même cette réunion peut être considérée comme de la haute trahison. Etre déclaré félon n’arrangera pas nos affaires, c’est sûr.

– Etre déclaré félon ? Pour quelles raisons ? s’étonna l’un des treize.

Olokun répondit :

– Pour conspirer contre l’empire et tenter de renverser le régime.

– De vouloir faire sécession. Il y a plein de raisons. Ils auraient l’embarras du choix, rajouta son frère de Védrona.

Sûr de lui, le souverain gris de Gabar déclara :

– Il ne se risquerait pas à une guerre interne. Cela le priverait pendant des décennies voire des siècles des rentes vassales de nos planètes.

Olokun secoua la tête, désespéré par l’ignorance de son interlocuteur. Il s’adressa à tous :

– Je pense que vous n’avez pas bien compris à quoi peut servir de militariser les obédients mécaniques. Attaquer et réduire en miette les Anunnakis : oui, pour un certain temps. Mais pas uniquement. L’empereur lui-même ne le sait pas encore. Mais Njeddo Dewal sait que ce sera la seule manière de défaire nos armées quand le moment sera venu. L’empereur acceptera sans sourciller car plutôt qu’avoir nos rentes, négocier et écouter la voie de la raison, avoir le contrôle direct de nos richesses sera bien plus avantageux.  Combattre sur deux fronts avec les milles milliards d’obédients à ses côtés ne l’effraiera pas.

Le même souverain s’écria :

– Il faut renvoyer nos obédients ou les désactiver avant qu’il ne soit trop tard !

– Trop suspicieux, renchérit Olokun. On nous demandera des comptes. N’oubliez jamais, Njeddo Dewal guette tous nos faits et gestes. L’empereur boit ses conseils comme de la liqueur d’immortalité. Nous devons manœuvrer avec discrétion sans attirer l’attention sur nous.

– Et ce n’est pas le seul à boire ses paroles. Les 8 autres des Neuf aussi, ainsi que la majorité des membres du conseil martial, appuya son autre frère.

La voix de l’Otrokien ronronna :

– En parlant des Neuf, savons-nous enfin ce qu’est le protocole des Neuf. Qu’est-ce qu’ils mijotent en secret ?

– Là-dessus, nous sommes toujours dans l’ignorance totale sur ce mystérieux protocole malgré nos espions. Officiellement, il n’existe même pas. Nous savons que les motions font partie intégrante de leur grand dessein. Mais pourquoi font-ils cela ? Dans quel but ? Nous l’ignorons, avait répondu Olokun. Et quelque chose me dit que ce n’est sûrement pas pour sauver l’empire.

Le Lielosien avait pris la parole pour la première fois :

– Oui, ils profitent de cette guerre qui dure maintenant depuis mille ans pour mener à bien un projet.

– Et ça fait mille ans que nous ne savons rien ! trancha Ras Ogun.

L’Otrokien poursuivit :

– Savons-nous enfin le contenu des deux autres motions à venir ?

– La première à en croire mes sources serait d’avoir recours à une arme biologique pour décimer les Anunnakis. Un virus terrible qui est en cours de développement. Encore une arme qui pourrait se retourner contre nous. La seconde serait d’avoir tout simplement recours… aux Regalia.

Olokun l’avait su car l’impératrice le lui avait révélé quelques jours après le vote de la première motion. Une vague d’effroi imperceptible avait balayé la pièce. On pouvait lire sur les lèvres des souverains : les Regalia. Ses deux frères s’insurgèrent :

– Aussi longtemps que nous serons en vie, cette motion ne passera jamais !

– Sauf si nous sommes tous les trois déclarés félons, auquel cas nos voix passeront à l’unique représentante de notre lignée : notre cousine. Elle a beau être de notre sang, elle restera fidèle à son trône et à son époux.

– N’en soyons pas si sûr, avait soufflé Olokun.

L’ainé assura :

– Quand bien même ! Pour obtenir les cinq Regalia, il leur faut cinq clés… Notre famille est garante de l’une d’elles. En tant qu’ainé, je suis le seul à savoir où elle se trouve. Et je préfère mourir en emportant avec moi le secret de sa cachette.

– Soit, mon cher seigneur. C’est une déclaration bien noble que j’entends là. Cependant, n’engagez pas nos vies et celles de nos peuples dans votre bravoure qui peut parfois s’avérer inutile dans certaines situations…, avait rétorqué Sabroukou d’un ton sec.

Le prince de Védrona voulu riposter mais son sage frère l’en dissuada d’un geste discret. Il donna la parole à Eabani qui semblait avoir à dire quelque chose de capital.

–  En ce qui concerne les obédients mécaniques, j’ai peut-être une solution…

Tous le regardaient avec avidité, attendant qu’il dispense sa bonne parole.

– Parle singe volubile ! gronda le Kérites, ce qui, vu le personnage, est ironique, vous me l’accorderez.

L’Otrokien ne releva pas et poursuivit :

– Nous ne savons pas d’où ils viennent, n’est-ce pas. Mais les abstracteurs de quintessence sont suffisamment anciens pour le savoir, eux. Il n’est pas impossible de croire qu’ils auraient la solution pour les empêcher d’agir contre nous.

Le souverain gris dit aussitôt :

– L’idée n’est pas saugrenue. Mais… tous sont portés disparus. Il n’en reste aucun nulle part, aucune archive. Et ceux depuis plus d’un million d’année.

Eabani regardait tour à tour les trois Orixans comme s’il s’attendait à qu’ils disent quelque chose de plus pour soutenir sa thèse.

La douce voix enchanteresse de la sirène brisa ce manège :

– Je vois que vous savez comment nous sauver. Ne nous faites plus attendre…

Le prince régisseur de Gahinore se redressa et répondit :

– Nous sauver ? Non. Mais notre situation n’est pas aussi désespérée que nous le pensions. L’empire des Livres, vous connaissez ?

Aucun ne réagit sauf Eabani qui croisa ses paires de bras, satisfait.

– L’empire des Livres est l’archive des abstracteurs de quintessence… d’après la légende.

– Vous comptez nous faire espérer avec une légende ?

– Oh, mais les légendes Orixanes sont toujours emprunts d’espérance salvatrice, mon cher roi Sabroukou. Celle-ci ne déroge pas à la règle.

– Et où se trouvent ces archives ?

– Mon cher, dès que je le sais, je vous le dis. Mais Eabani n’a pas tort. Si nous la trouvons, nous aurons beaucoup de soucis en moins.

CHAPITRE 9: LA MOTION B-757

L’imagination attisée par la grand-mère qui avait été mince comme un épi de blé transporta l’auditoire attentif 73 500 ans plus tôt, quelque part sur une planète inconnue et habituellement inhabitée. L’empereur des Orixans y avait convoqué l’ensemble de l’amirauté des quatre coins des univers. Tous les généraux des dernières flottes spatiales restantes étaient présents au grand complet, mais également les rois et reines vassaux, les princes et princesses des maisons mineures et majeures, les ambassadeurs des peuples et nations alliés et bien entendu ceux que l’on appelait les Neuf, les diseurs de vérités impériaux, des conseillers de haut rang très respectés, dont l’incontestée Njeddo Dewal.

L’aspect des Orixans était différent de celles des autres espèces humaines. Il était semblable à celle des Dieux tel que l’on se l’imagine. Tous étaient grands et majestueux. Si certains avaient la peau aussi blanche que l’albâtre, d’autres avaient la peau aussi noire que l’ébène. Leurs yeux dorés, argentés ou encore bronze écarlate étaient animés d’une lueur intimidante pour le commun des mortels. Leur chevelure tressée mêlée à des fils de soie platinés faisait honneur à leurs parures, habits et armures de lumière. Au travers de chacun d’eux semblaient transparaître une aura de divinité. Car même si aucun d’eux n’étaient des êtres divins, ils en possédaient les pouvoirs et l’immortalité. C’est pourquoi nos ancêtres, les Hommes d’antan, les vénéraient comme tels.

La grande cité impériale, qui pouvait voyager de planète en planète, était si gigantesque qu’elle aurait pu recouvrir 3 fois la plus vaste de nos agglomérations. Tel un navire, elle flottait juste au-dessus des eaux sans un bruit. Son armature en cristal et en métal luminescent la faisait ressembler à nulle autre chose connue des Hommes sinon à une arche fantastique surgit d’un monde surnaturel.

L’atrium du palais était majoritairement bondé de ces êtres sveltes et lumineux. Mais la salle était si grande qu’elle aurait pu en contenir encore le triple. Ils discutaient bruyamment et on sentait qu’il y avait une forte agitation et de la tension dans l’air.

Les voix s’arrêtèrent brusquement comme si on avait coupé le son. L’empereur des Orixans en personne venait d’entrer. Si les autres étaient incontestablement majestueux, lui l’était bien plus encore. Sans parler de sa noble épouse, l’impératrice, qui était à sa suite et qui affichait une beauté exceptionnelle. Tous les deux inspiraient la puissance et l’ordre.

L’échanson bomba le torse et prit la parole :

« Sa noble Majesté Ras Damballa, Empereur-Suzerain et Souverain des 12 Mondes, Roi d’Elium ».

Les gens se prosternèrent respectueusement.

« Sa noble Majesté Ras Ayida, Impératrice et Souveraine des 12 Mondes, Reine Consort d’Elium et Princesse de Gahinore, Védrona et Mizélis».

Tous se prosternèrent à nouveau respectueusement.

Les deux souverains prirent place sur leur trône. Dans la salle, des petites plateformes avec des sièges se dessinèrent en émergeant du sol. Les convoqués s’y assirent à leur tour. Elles se mirent à flotter et à s’organiser sans se télescoper pour former un hémicycle graduel autour des deux trônes.

L’échanson reprit une dernière fois la parole :

« Je déclare la première session extraordinaire du Conseil Martial officiellement ouverte».

En effet, l’immense empire des Orixans, qui s’était étendu sur plus de 144 000 planètes et planétoïdes, répartis à travers plus de 99 galaxies et dans 12 univers parallèles différents, était en guerre. Mais rien à voir avec nos guerres humaines pourtant effroyables. La guerre qui provoquait l’effondrement des 12 mondes et qui poussaient ces êtres pareils à des Dieux au bord de l’extinction était cataclysmique. Cataclysmique au point que les descendants des survivants la connaissent sous le nom de théomachie : la guerre des dieux.

Des étoiles entières étaient écrasées et leur énergie aspirée pour soutenir l’effort des combats. Des milliers de planètes étaient rasées et exploitées jusqu’aux derniers milligrammes de métal et d’eau.  Des milliards de combattants perdaient la vie. Ils combattaient un ennemi si redoutable. Un ennemi qui n’avait aucune pitié, qui ne connaissait ni le repos ni les trêves et qui semblait grossir démesurément. Alors qu’eux-mêmes, auparavant dix fois plus nombreux que les humains de la Terre à notre époque, ils semblaient être réduit à seulement quelques centaines de millions d’individus. De nombreuses espèces intelligentes alors, qui faisaient partie de l’empire, s’étaient éteintes définitivement, exterminées, après que leur monde soit tombé sous le joug tyrannique et irraisonné des Anunnakis.

Damballa l’empereur se leva après avoir regardé d’un air grave son épouse. Elle lui rendit un regard de soutien. Sa voix grave et forte emplit tout l’atrium. Il parlait lentement et distinctement afin que tous ne perdit aucun sens de ses mots :

« A l’heure où nous vous parlons, les avant-postes qui gardent Elium, notre planète-mère, essuient les terribles assauts de l’ennemi. Si ces avant-postes tombent, Elium-la-fabuleuse sera assiégée et les six derniers mondes restants qui sont sous notre bienveillante protection sombreront également rapidement après elle. Je vous ai convoqué tous ici pour voter une motion, à l’unanimité si cela est possible, pour défaire une loi qui nous est chère et qui sauveront, nous l’espérons, nos vies et les vôtres. »

Dame Njeddo Dewal qui était assise sur la plateforme à l’extrême droite des trônes impériaux chuchota à l’oreille de son fidèle accompagnant, le général Leuk :

– Nous y voilà. Cette motion aurait dû être soumise bien plus tôt pour sauver ce qui reste de cet empire en perdition.

Ce dernier acquiesça. Il la regardait avec admiration. Elle avait une beauté sévère. Seuls ses yeux argentés presque bleutés trahissaient son âge multimillénaire. Elle était parmi les Neuf devenue la plus influente à la cour impériale depuis que la guerre avait éclaté quelques mille ans en arrière. Elle n’était bien évidemment pas étrangère à cette motion dont l’empereur avait repoussé la soumission pendant près de 359 ans. Cela devait vraiment être une loi fondamentale pour qu’une motion visant à l’abroger soit autant moralement difficile à soumettre.

En réalité, Dame Njeddo Dewal avait proposé à l’empereur et son épouse trois motions pour l’empire, toutes plus terribles les unes que les autres. Ce jour-là, il en soumettrait une, à contrecœur, certes, mais convaincu dorénavant, compte-tenu des circonstances, du bien-fondé des conseils de la Neuf. Celle qui était devenu depuis peu la diseuse-de-vérité personnelle de l’empereur, un titre honorifique qui faisait que sa parole était d’une autorité absolue, avait  pris une part importante aux affaires impériales.

L’empereur Damballa dit :

« La motion B-757 vise à abroger la loi d’anti-militarisation des obédients mécaniques ».

Le choc de la nouvelle fit comme une vague déferlante dans l’assemblée qui était passée d’un silence attentif et tendu à une agitation bruyante et consternée. Seuls Dame Njeddo Dewal et son compère semblaient savourer l’instant. Plus au centre et en hauteur, le propre cousin de l’impératrice, le prince héritier de Gahinore, regardait avec circonspection la scène. Il savait qu’il se tramait quelque chose, il savait que la plus influente des Neuf y était pour quelque chose. Lui seul et ses partisans savaient que c’était une intrigante de la pire espèce et qu’en dépit de son apparente envie de bien faire, sa langue aiguisée ne pouvait que provoquer la ruine du couple impérial et de son empire.

A ses côtés, le jeune général suppléant des flottes spatiales de Gahinore lui demanda :

– Peut-être faut-il militariser les obédients, ils sont bien plus nombreux que nous et ne connaissent pas plus le repos que notre ennemi. Ils pourraient endiguer l’invasion. Ils combattraient à notre place pendant que nous recouvrerons nos forces. Et peut-être même qu’ils gagneront la guerre pour nous…

– Mais vous rêvez ! Vous rendez vous compte, de tous les « peut-être » ??? J’espère que les autres ne se laisseront pas abuser par cette idée absurde. Dois-je vous rappeler que les obédients ont des capacités comparables au nôtres. Si jamais, ils se soulèvent, nous n’aurons pas à faire face à un seul ennemi redoutable, mais à deux ! S’il gagne la guerre, ça ne sera pas uniquement contre les Anunnakis mais contre nous-même également.

– Je ne peux pas me rappeler le soulèvement de ces machines. Je n’étais pas né, c’est vrai, mais …

Il le rabroua :

– Non, effectivement, vous n’étiez pas né ! Ne pensez pas que c’était juste une erreur dans les algorithmes des programmes de ces machines pensantes, comme c’est écrit dans ces livres d’histoires falsifiés ! Vous ne vous rappelez que de ce que vous avez lu et non de ce que vous avez vécu. Je sais qu’elle y ait pour quelque chose. Elle veut remettre le couvert et je serai là encore une fois pour l’en empêcher.

– Qui cela ? S’interrogea le jeune général suppléant, bien qu’il ne douta pas une seule seconde de qui il s’agissait.

A ce même moment, comme pour répondre à sa question, Dame Njeddo Dewal se retourna vers la plateforme du prince. Ils s’affrontèrent durement du regard. Elle, avec un sourire narquois et ses yeux argentés bleutés, et lui avec son regard d’un jaune sombre ambré plein de défi.

L’empereur rappela l’atrium au calme, ce qui ramena aussitôt le silence et interrompit le face à face de la Neuf et du prince de Gahinore.

Les plateformes clignotaient. Cela signifiait que les personnes voulaient prendre la parole.

« Nous ne souhaitons pas de débats interminables et houleux. Les heures de l’empire sont comptées. Nous voulons une réponse rapide qu’elle soit positive ou négative ».

Dame Njeddo Dewal hochait de la tête pour approuver. Alors que le prince secouait la tête avec véhémence, désapprouvant totalement:

– La légendaire démocratie de l’empire Orixan est devenue bel et bien une légende.

L’empereur interpella l’assemblée :

« Vote positif pour la motion ?»

Dame Njeddo Dewal perça du regard les 8 autres Neuf.  Après quelques hésitations, leur plateforme s’éclaira. Ils approuvaient eux aussi. L’effet fut immédiat. Presque toute l’assemblée avait voté oui.

Le prince regardait ses partisans en secouant la tête de manière autoritaire pour leur signifier qu’il n’était point question de participer à cette mascarade grotesque. Certains avaient fait semblant de ne pas le voir et avaient éclairé leur plateforme.

– Regarde ces moutons de traître, ils hâtent la fin de notre monde.

– Mon seigneur, il faut prendre la parole, lui répondit-il désespérément.

L’une des rares plateformes qui étaient restés éteintes fut la sienne. Dame Njeddo Dewal s’était à nouveau retournée vers lui d’un air moqueur. Il faisait mine de ne pas la remarquer. En apparence calme, à l’intérieur tout son être était en ébullition.

Le prince fit clignoter sa plateforme non pas pour approuver la motion mais pour prendre la parole. Son accompagnant était content. L’empereur voulait refuser mais l’impératrice lui glissa avec sagesse:

« Laisse-lui son droit de parole, c’est une décision grave que l’empire prend aujourd’hui. » L’empereur se résigna :

« Je donne la parole au prince Ras Olokun de Gahinore ».

Dame Njeddo Dewal se roidit. Elle lança à son accompagnant :

– Croit-il changer nos desseins ? Eprouvons sa verve, mais je doute que cela ne change la décision du conseil martial.

Elle doutait en réalité, car même si le prince était connu pour être réservé et avare en parole, lorsqu’il ouvrait la bouche, il savait convaincre aussi bien qu’elle. Et il ne fallait surtout pas sous-estimer l’influence qu’il avait sur sa cousine l’impératrice qui avait bien entendu toute l’attention de son époux, le tout-puissant empereur des 12 mondes.

Ras Olokun que l’on surnommait, pas sans raison, « le sage » se leva et ses yeux jaunes sombres avaient une expression digne et solennelle.

« Cher Empereur, Chère Empresse, Chères Citoyens Impériaux. »

Tous s’attendaient à un discours mémorable et à des arguments imparables pour faire échouer la motion. Ce ne fut pas le cas, au grand dam de son accompagnant et de ses partisans restés fidèles.

« Nous vous gracions de tous discours éloquents pour vous persuader de l’absurdité de cette motion visant à déplacer nos forces offensives sur des êtres mécaniques pensants. Etres mécaniques dont le fonctionnement nous échappe. Etres mécaniques dont nous avons l’illusion du contrôle absolue.

Non, Nous n’essaierons nullement de vous persuader de ce que vous savez déjà tous et que vous feignez d’ignorer.

Mais sachez une seule chose, lorsque vous verrez vos cités assiégées et brûlées non pas par les Anunnakis mais par les obédients mécaniques, que Gahinore, Mizélis, Védrona, Daneb, Lielos, Sandalphon, Mirabilia, Gabar, Ker, Nimba, Otroki et la Fédération des Cassitérides se sont opposés à l’extinction de la race Orixane et de leurs alliés. »

Au fur et à mesure qu’il avait énuméré les planètes et planétoïdes qui lui étaient restées fidèles, les représentants sur les plateformes respectives s’étaient levés en mettant la main sur le cœur.  Il termina après un court silence éloquent :

« Je n’espère que ceci : que par la grâce de nos ancêtres les Etoiles, nos descendants connaîtront un jour une paix durable. »

L’assemblée restait silencieuse, presque interdite. Le général suppléant chuchota, ému:

– Je veux vous applaudir, mon seigneur.

– N’en faites rien surtout. L’heure n’est pas aux félicitations ni aux réjouissances. Quoique je dise, quoique je fasse, l’empereur a décidé que cette motion passerait. Ce vote est une fantaisie qui ne lui sert qu’à savoir qui est encore loyal à son trône. Plaider à contre sens, n’aurait servi à rien, mais il fallait que tous sachent que notre intégrité ne sera jamais bradée. Nous allons enquêter de notre côté sur cette fourbe et s’assurer que cette folle entreprise ne tourne pas au désastre.

Bien plus bas à l’extrême droite des trônes, l’accompagnant se réjouissait :

– Nous avons gagné ma Dame !

– Qu’une manche… juste une manche, rectifia-t-elle. Il ne lâchera rien, telle une bête qui veut absolument ronger de l’os. Il est plus dangereux que jamais.

– Quoi qu’il en soit le protocole des Neuf peut enfin commencer. Je suis curieux de savoir enfin ce que c’est. Dit-il gaiement.

Elle se tourna lentement mais on sentait que ses muscles étaient effroyablement raides:

– Ne dites plus jamais ça en public ! Plus jamais vous entendez !!! L’avait-elle menacé aussitôt.

Ses yeux étaient tellement effrayants qu’il vacilla. Il rougit de honte en baissant la tête :

– Je vous demande pardon ma Dame. Cela ne se reproduira jamais plus.

– Je l’espère ou je vous livrerai moi-même à ces reptiles d’Anunnakis !

L’empereur déclara, pour le plus grand plaisir de Njeddo Dewal, que la motion avait été votée à 1428 représentants contre 13. La loi d’anti militarisation des obédients mécaniques était abrogée. Le programme informatique visant à lever le verrou offensif contre les formes organiques par les machines pensantes serait diffusé dans la matrice algorithmique de l’obédient mécanique père. Ainsi elle serait transmise à toute son engeance. La défense des avant-postes se ferait dans la foulée pour sauver Elium de sa chute.