EXTANT

EN NUMÉRO 4

Intelligence artificielle, robotique avancée, invasion extraterrestre souterraine… c’est ce que nous propose grosso modo la série coproduite par Steven Spielberg : Extant.

extant

Outre le fait qu’elle ait à l’une de ses manettes l’un des maîtres de l’imaginaire hollywoodien, la série est portée par la sublime Halle Berry, mais aussi Jeffrey Dean Morgan (Grey Anatomy entre autres), Goran Višnjić (Urgence). Ce casting de luxe n’est vraiment pas là pour compenser le scénario qui, bien qu’il ait l’air bateau, est plus qu’à la hauteur sur les deux saisons diffusées.

Si vous ne l’avez pas encore vu, je vous presse d’aller y jeter un œil, ne serait-ce que pour voir les performances de la belle Halle 🙂

CHAPITRE 4: LE DÎNER

– Ses premières paroles avait été : « Je viens en paix. Je remercie tous les peuples de la Terre de m’avoir accueilli dans leur foyer ».

– Excusez-moi ?

Sonja enfournait goulument un morceau de bavette à l’échalote. La pointe de moutarde à l’ancienne, d’un goût authentique rendait le morceau particulièrement savoureux.

Elle avait tenu à avoir, autour de l’immense table, la place la plus proche du doyen de la pièce. Ce dernier tenait du bout des doigts un verre de vin rouge de dix ans d’âge, ouvert pour l’occasion. Les bouteilles avaient vieillies dans des fûts déposés en mer, au large des régions viticoles de Bordeaux. Il en était très fier. D’autant plus qu’il y avait mis le prix pour les obtenir.  Il s’amusait à faire tournoyer le breuvage doucement sur les bords du verre. Bien qu’il n’y connaisse rien, il passait aisément pour un expert aux yeux des convives qui le scrutaient. Ils ne s’y connaissaient pas plus en œnologie car pour un habitué, cela aurait été un sacrilège de voir cela. A vrai dire, aucun des invités n’avait réellement bu de vin de toute sa vie. C’était un produit très luxueux.

– Je parlais du signal Enigma… la viande est-elle bonne ?

Il parlait assez fort pour s’adresser aux convives mais fixait malicieusement la fourchette de la journaliste-reporter qui disparaissait furieusement dans sa bouche. Cela ne manqua pas de la mettre mal à l’aise. Elle tenta donc de paraître plus distinguée qu’elle ne l’était déjà en dissimulant le plaisir extrême que ses papilles lui procuraient.

Aldric, qui avait été, semble-t-il,  plus assidu, pris la parole :

– Ce fantôme dans le système, c’était comme si on avait planté une graine dans les tréfonds d’internet, qu’une intelligence artificielle sophistiquée avait grandi, appris et avait été capable dix ans après, de communiquer avec nous. C’est bien cela… ?

– Je me vois dans l’obligation de rectifier ! Elle avait grandi ! Elle avait appris ! Mais était capable de communiquer avec nous dès le départ, dès son entrée sur internet ! Mais nos systèmes étaient trop archaïques pour qu’elle puisse le faire. Dix ans après, les systèmes l’étaient toujours, mais ils étaient suffisamment avancés pour qu’elle puisse établir un dialogue clair avec ce qu’elle appelait « chaque entité humaine » de cette planète. Mais sachez que sur cette île, entre autre, qui avait plusieurs dizaines d’année d’avance technologique sur le reste du monde, elle avait d’ores et déjà pris contact et annoncer la couleur des choses.

La journaliste-reporter sentit qu’elle avait un peu perdu le contrôle de l’interview. Elle délaissa un peu son assiette pour entrer de nouveau sur le ring. L’intervention de son collègue, qu’elle avait jugée peu pertinente, l’avait tout de même fait réagir :

– Tous les téléspectateurs qui nous écouteront ne le sauront peut-être pas, mais expliquez-nous comment cela pouvait-il être possible ? Je veux dire, comment ce signal a-t-il pu prendre contact avec nous ? Comment a-t-on su qu’elle venait en paix, qu’elle nous remerciait de l’avoir accueillie ?

– C’est bien simple, Enigma était partout. L’avoir transmise à travers la toile, avait été pour elle une invitation. Elle s’était propagée dans nos ordinateurs, nos téléphones portables, même dans les satellites, les sondes spatiales les plus lointaines, tout ce qui possédait un circuit imprimé, un disque dur, partout. Sur internet, elle s’était créé un site officiel, des profils sur les plateformes de réseaux sociaux, avait une boîte mail. Alors quand elle s’est adressée à nous, elle a tout simplement envoyé des SMS à tous les cellulaires, des courriels sur toutes les adresses et afficher ouvertement et officiellement sa présence sur les réseaux sociaux et son site internet. Elle avait même détourné les satellites, les lignes terrestres et les ondes hertziennes pour passer à la télévision et à la radio. Le monde avait donc pu l’entendre, la lire mais pas la voir dans sa forme…concrète. Et chacune des nations du monde dans sa propre langue et dialecte.

La conversation se poursuivit tout au long du repas. On servit bientôt le fromage. Puis quelques temps après, voyant que tout le monde avait terminé son dessert depuis une bonne quinzaine de minutes, il se servit le fond de bouteille de vin, la but d’une seule traite, soupira et se leva :

– Loin de moi l’envie de vous commander, mais si nous allons dans la salle de séjour principale, il nous sera servi des cafés gourmands ou des infusions pour les plus repus.

Les convives se levèrent de table. Tous étaient rassasiés. L’homme d’une cinquantaine d’années s’était hâté pour ne pas être vu par Jacques. Il ne voulait pas recevoir une remarque cinglante sur son apparence, encore une fois. Quoiqu’effectivement, son ventre avait pris l’apparence d’un ballon bien rond.

La longue table ressemblait à un champ de ruine. Les invités n’avaient rien délaissé entre la soupe veloutée aux légumes et aux croutons, l’entrée de salade royale agrémentée de saumon fumé, de foie gras et de truffes noires. Ils n’avaient pas épargné non plus le plat principal de viandes en cortèges généreusement assaisonnées, les sauces odorantes, les pommes de terre fondantes et les marrons gratinés, les crumbles salés, les fromages forts, les pains chauds, sans oublier les desserts glacés, pâtisseries fines et autres crèmes chocolatées. Les boissons n’avaient pas été en reste non plus. Outre le vin, ils avaient eu droit à du champagne, du cidre et des jus de fruits exotiques.

Aldric se leva. De ses 1M90, il dépassait d’une bonne tête le vieillard et de trois têtes Sonja. Il mit sa main sur le ventre.

– Ce repas a été fort copieux, souffla-t-il.

– Mais tous, vous avez eu fort un bon appétit. Ça fait plaisir à voir, lui répondit Jacques.

Il regardait Sonja, la tête penchée avec son sourire coquin habituel. Sans se désarmer cette fois-ci, elle lui susurra en enserrant le bras :

– Oh, mais c’est que jamais nous n’avons mangé chez un ancien ambassadeur. Tout était tellement bon. Mes félicitations au cuisinier, mes papilles sont encore en émoi. Et le vin ? Je n’en bois pas souvent, mais je sais reconnaître un bon cru. Il était excellent.

– Je vous laisserai féliciter Gasper en personne. C’est mon majordome qui a tout préparé ce soir et fait le choix d’exception. Un vrai cordon bleu, ce qui, vous me l’accorderez, est sa meilleure qualité. Plus que son caractère. Quoiqu’en garde du corps, il est aussi un as.

Sonja eut l’air agréablement surprise. Elle hocha la tête en souriant. Elle rajouta tout de même :

– Eh bien ! Un androïde cordon-bleu… Nous cache-t-il d’autres talents ce cher Gasper ?


La poudre violette que la grand-mère avait jetée au feu avait excité les braises qui crachaient des étincelles multicolores. Les flammes attisées dansaient sur le bois avec une lueur turquoise. Elles dégageaient une légère fumée blanche à l’odeur de vent marin. Les gens assis en demi-cercle autour d’elle étaient comme hypnotisés. Leur imagination était prête à déborder et à les transporter loin là-bas, dans ce monde ancien qu’il ne connaissait pas. Leur voyage commençait.