CHAPITRE 19: LA BATAILLE DE KRAZILLA-ORAYNOR

Un nexus s’ouvrit dans la texture de l’espace-temps. Les vaisseaux-destroyers en sortirent avec leurs canonnières d’antimatière en alerte. La formation était à quelques milliers de kilomètres des avant-postes Krazilla et Oraynor, deux planètes naines pas plus grandes que Pluton et Charon, situées en bordure du système stellaire d’Elium. Elles avaient été creusées jusqu’au noyau pour accueillir des armes offensives expérimentales. Elles constituaient la première ligne de défense la plus efficace de la capitale impériale orixane. L’une tournait autour de l’autre dans un majestueux ballet, accompagné de carcasses de vaisseaux par millions. Ce bout d’espace avait été le théâtre d’une bataille farouche qui avait duré trois jours terrestres sans interruption. L’ennemi avait tenté une percée décisive massive et laisser un répit. En dépit des apparences, les Orixans et leurs alliés avaient été défaits, rendant plus vulnérable encore, à plusieurs centaines de millions de kilomètres de là, Elium, face à son ennemi irréductible.

Tout d’un coup, un gigantesque vaisseau ressemblant à un crabe surgit d’une masse de débris. Invisible au départ, il avait désactivé ses occulteurs pour attaquer. Plus petit que les destroyers, il était aussi plus rapide, plus réactif.  Il cracha sans sommation un tir laser droit sur l’un des gros vaisseaux d’Elium. Ce dernier n’eut pas le temps de faire de manœuvre d’évitement. Le bouclier protecteur tenu face au choc de l’impact et absorba la quasi-totalité de l’énergie. Mais à l’arrière, un autre crabe surgit et lança à bout portant une salve de laser sur le même vaisseau. Le bouclier était saturé, il céda. Les puissants faisceaux de lumière transpercèrent alors l’épaisse coque de part en part. Le vaisseau-crabe pivota et bascula afin que la lame de lumière tranche en deux le vaisseau d’Elium. Les réacteurs furent touchés de plein fouet, le mastodonte spatial se disloqua et implosa avec une puissance inimaginable. L’onde de choc engendrée s’écrasa avec une énergie cinétique prodigieuse sur deux vaisseaux voisins. Sévèrement endommagés, ils furent la proie des crabes qui les détruisirent sans peine à coups de tirs conventionnels.

Enfin, les lourds destroyers réagirent. Ils manœuvraient afin que leurs canons latéraux soit face à leurs cibles. Ils bombardèrent en concert les deux crabes de missiles d’antimatière. Aucune ne toucha leur cible. Les crabes se déplaçaient trop vite, comme s’ils faisaient des bonds. L’horreur atteint son paroxysme lorsque d’autres crabes, une cinquantaine, arrivèrent sur le champ de bataille. A plus de cinquante contre à peine sept, les Anunnakis étaient à présent en supériorité numérique.

A des millions de kilomètres de là, dans une salle de contrôle d’un vaisseau amiral en orbite autour d’Elium, Njeddo Dewal gardait son sang-froid. Puis, quand elle vit enfin les vaisseaux crabe en grand nombre, elle s’écria surexcitée :

« Général, c’est maintenant ou jamais, désactiver les commandes automatiques ! Prenez les commandes immédiatement ! Lancez l’attaque ! Ils ont mordu à l’hameçon ! Maintenant !!! »

Le général crispé et en sueur ordonna:

« Désactivation de la commande automatique !

Allumage des moteurs rétro-latéraux !

Dispersion de la formation groupée !!! »

Les vaisseaux-destroyers oblongs, commandés à distance, se mirent à tournoyer à toute vitesse sur leur grand axe et à s’éloigner les uns des autres, forçant ainsi l’essaim de crabe en approche à rompre leur propre formation.

« Calculez les tirs spiralés et tirez à mon ordre ! »

hurla-t-il à ses officiers supérieurs.

Chacun, debout face à des tableaux de bord, avait la commande d’un vaisseau. Les uns après les autres, ils clamèrent : « cibles verrouillées » !

– Tirez !!! Hurla-t-il.

Alors que les spationefs de guerre tournoyaient en s’éloignant lentement les uns des autres, ils se délestèrent des derniers missiles d’antimatière qui filèrent dans l’espace en décrivant une orbite spiralée. Les Anunnakis, à bord des crabes, ne comprirent que trop tard que les missiles qui s’éloignaient au départ, revenaient pour les prendre à revers. La tactique était nouvelle. La frappe était chirurgicale.  Car, même si les charges explosaient à proximité de leur cible sans les toucher, les ondes de choc générées détruisaient les boucliers de tous les vaisseaux ennemis.

Désorientés et affectés par des avaries, les crabes étaient pour le moment incapables de riposter. Il fallait les achever maintenant. Njeddo Dewal le savait. Elle avait une assurance déconcertante, elle claironna avec autorité:

« Général ! Ordonnez l’explosion des premiers missiles ! Ceux qui ont raté leur cible ! »

Le général, qui ne reçoit d’ordre que du couple impérial ou de souverains, exécutait les ordres pourtant sans sourciller. Les missiles explosèrent loin de la zone de combat, mais les crabes crurent à une attaque coordonnée de vaisseaux qui venaient appuyer les sept destroyers. Leurrés, Ils tentaient des manœuvres de défense chaotiques.

« C’est le moment ! Maintenant Général !!! »

Il hocha la tête :

« Largage des obédients mécaniques ! Immédiatement ! »

Les destroyers s’immobilisèrent net et abaissèrent leur bouclier. Leur ventre s’ouvrit déversant dans l’espace intersidéral des millions de petites bêtes. Autopropulsés, les obédients mécaniques à huit pattes s’élançaient à toute vitesse contre les crabes. Ces derniers dardaient des coups de laser dans le nuage d’obédients sans faire mouche. Puis, ils semblaient s’organiser pour une attaque coordonnée. Ils allaient s’en prendre à nouveau aux destroyers. Serait-il trop tard ?

Dans la salle de commande, tout le monde avait le souffle coupé. Les milliards de paires de patte mécaniques s’abattirent sur les cuirassés Anunnakis. En quelques secondes, les coques furent percées et les obédients pénétrèrent à l’intérieur. L’immense nuée se coupa en deux et déjà une partie du nuage se dirigeait vers Krazilla et Oraynor. Les crabes cuirassés fonçaient les uns sur les autres comme s’ils avaient perdu tout contrôle. Ils se fracassèrent les uns contre autres et explosèrent pour alimenter le cortège des débris. De petits vaisseaux-chasseurs, qui avaient l’apparence de moustiques sans pattes, décollèrent des planètes naines. Elles fonçaient vers le nuage mécanique et visaient les petits obédients. Ces derniers étaient protégés par leur propre champ de force et esquivaient avec brio les tirs. Leur aisance dans le vide de l’espace était comparable à des danseuses-étoiles. Ils lancèrent en représailles des projectiles ioniques sur les moustiques qui explosaient en feu d’artifice.

Enfin, les braves machines s’abattirent en pluie sur les avant-postes qui tiraient des ogives explosives sans succès. Avant même que le secteur ne soit entièrement nettoyé des Anunnakis, les Orixans du vaisseau amiral savaient qu’ils avaient remporté la victoire de cette bataille. Elle n’avait pas duré. Aucun Orixan, ni aucun de ses alliés n’avaient perdu la vie. Il n’y avait eu que des pertes matérielles : soit un peu plus d’un quart des obédients mécaniques.

Njeddo Dewal regardait le spectacle sur l’écran de contrôle avec une satisfaction non-dissimulée.

– Nous avons gagné une bataille, nous gagnerons la guerre. Envoyez des hommes sur les avant-postes. Krazilla et Oraynor sont à nouveau à l’empire.

Les officiers applaudissaient. Pour eux, ils lui devaient cette victoire écrasante. De diseuse-de-vérité, elle devenait non pas général mais chef de guerre. C’était la première fois qu’un territoire avait été repris aux terribles Anunnakis. On scandait :

« Dame Dewal ! Dame Dewal ! Dame Dewal ! »

En cet instant, on l’aimait plus que l’empereur… et que l’impératrice.

La nouvelle traversa rapidement les galaxies et les univers libres. L’empereur, en compagnie de son épouse et des huit membres des Neuf, était partagé entre la suffisance qui incombait à son rang et l’exultation.

Quant aux membres du conseil des treize, restés sur leur planète respective, ils étaient partagés entre la joie de la victoire et l’horreur. Il voyait la popularité de la diseuse-de-vérité dépasser celle de l’empereur.

Et si Olokun avait raison, l’armée des obédients mécaniques, un jour, se retournerait contre eux et les écraseraient aussi vite que les Anunnakis pendant la bataille de Krazilla-Oraynor.

Cette victoire était celle de la dame Dewal. Et cela impliquait tellement de choses. La donne de la politique impériale allait encore changer.

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