CHAPITRE 16: LES OBEDIENTS MECANIQUES

Une formation d’une dizaine de destroyers était en orbite autour de la planète-mère des Orixans, Elium. Dans l’un d’eux, sur le pont supérieur, face à une immense interface, une jeune femme observait le panorama de la planète bleutée. Elle fut rejointe par une autre femme dont les yeux bleu-argentés étaient reconnaissables. Quand elle la vit, elle s’écria surprise :

– Dame Njeddo Dewal ! Je ne m’attendais pas à vous voir ici. Sa majesté, mon noble époux ne m’avait pas précisé que l’honorable Neuf, qui serait à bord pour la visite, serait sa diseuse-de-vérité…personnelle.

La beauté dure de l’arrivante ne faisait pas le poids face à la splendeur de l’impératrice. Elle fit la révérence à sa maîtresse :

– Ras Ayida, noble empresse. Je m’attendais moi-même à voir l’empereur en personne sur ce spationef.

– Il avait une affaire urgente à régler…sur Gahinore.

L’impératrice guetta sa réaction, car la rivalité entre elle et le prince de Gahinore était de notoriété publique. Mais la diseuse-de-vérité de l’empereur était passée maître dans l’art de dissimuler ses sentiments. Sereinement, elle enchaina :

– Bien, c’est avec vous, noble empresse que je ferai visiter les premiers obédients mécaniques qui combattront.

L’impératrice inclina légèrement la tête de côté tout en la fixant du regard :

– Qu’il en soit ainsi.

Elles marchaient côte à côte. Ayida demanda :

– Est-ce vous qui avez mis au point le programme informatique de militarisation ?

– Il est vrai que je suis experte dans de nombreux domaines scientifiques, mais j’ai préféré confier la tâche à plus expérimenter que moi, répondit Njeddo Dewal. Cependant, j’ai supervisé les opérations. Et je veillerai personnellement à ce que notre première attaque offensive expérimentale soit un succès, votre altesse impériale.

– Dans combien de temps cela prendra-t-il effet ?

– La propagation du programme de militarisation a été instantané, mon empresse. Tous les obédients mécaniques de par les univers ont été désactivés quelques centièmes de milliseconde pour la mise à jour. Comme vous avez pu le constater, cela a été imperceptible.

– Les obédients mécaniques domestiques, protocolaires, miniers, ouvriers… partiront-ils tous en guerre ?

– Non, noble souveraine. Uniquement, s’il faut appuyer les obédients mécaniques militaires.

Ras Ayida cessa de marcher pour regarder Njeddo Dewal. Elle demanda étonnée :

– Il y a des obédients mécaniques militaires ? Déjà ? Comment cela est-il possible ?

– Les réservistes des mines des Cassitérides ont été réquisitionné il y a peu, mon empresse. Plus de 300 millions pour chacun des planétoïdes de cette fédération. Ils serviront à reprendre les deux avant-postes perdus en bordure de ce système.

– Qui a ordonné cette réquisition ?

– Noble souveraine. L’empereur en personne par décret impérial. L’heure était grave, Elium-la-brave perd ses défenses les unes après les autres.

– Bien, continuons.

Elle ne voulut pas approfondir la question bien qu’elle ait été contrariée qu’une décision aussi importante ait été prise sans son accord et sans qu’elle en soit informée rétrospectivement. Ce n’était pas la première fois qu’elle avait été mise à l’écart des affaires impériales. Elle savait que Dame Njeddo Dewal en était responsable. Son cousin l’avait déjà suffisamment prévenu pour qu’elle ouvre enfin les yeux. Elle était certes impératrice consort mais détenait elle aussi le pouvoir impérial, par décret.

Elles avaient pris un transporteur pour les emmener dans le centre du vaisseau. Un trajet, qui aurait mis un peu plus d’une heure à pied vu les dimensions du vaisseau, ne leur avait pris que quelques secondes.

L’impératrice profita de cette intimité pour demander :

– Où en est cette arme biologique censée nous débarrasser définitivement de nos assaillants ?

Njeddo Dewal frémit imperceptiblement, surprise que sa souveraine aborde un sujet aussi controversé.

– Vous frémissez ? demanda-t-elle, feignant d’être inquiète.

Elle mentit :

– Non, noble reine impériale. Le projet est toujours en cours de développement. Nous l’utiliserons dans le cas unique où les obédients échoueront dans leur nouvelle tâche.

La reine reprit en aparté :

– Gageons alors que le recours à l’arme virale soit inutile…

Elles arrivèrent dans un grand hangar où étaient correctement alignés et à perte de vue des millions de machines. De taille d’homme, elles avaient une armature métallique et recouverte d’un métamatériau gris, d’apparence siliconée, presque translucide. Sur six pattes, elles avaient une paire supplémentaire en guise de bras et une sorte d’appendice caudale. Ça leur donnait un air de scorpion. Il y avait quelques scientifiques et techniciens qui, reconnaissant leur souveraine, s’étaient inclinés. Ils semblaient être des humains normaux car aucune aura ne transparaissait de leur peau et leurs yeux n’affichaient pas l’insolente grandeur des Orixans. Mais surtout, ils avaient une taille normale. Ils avaient arrêté leurs travaux et restaient immobiles, la tête légèrement baissée en gage de respect. L’impératrice inspectait :

– Impressionnant, chère Dame. Si les obédients s’avèrent aussi efficaces que vous l’attendez, les autres motions n’auront pas besoin d’être soumis au conseil martial.

Elle perçait de son regard de bronze Njeddo Dewal pour observer une quelconque réaction. Il n’eut rien. Elle répondit juste avec un sourire neutre:

– Ce serait mon plus grand souhait, noble altesse.

Imitant alors le décorum de l’impératrice, elle avait légèrement baissé la tête tout en la regardant. Déjà l’impératrice avait jeté son dévolu sur un objet étrange :

– Est-ce que c’est lui ? Pointant du doigt un cube gris métallique, aussi gros qu’un bus.

– Oui, c’est l’interface de l’obédient mécanique père, noble souveraine. C’est par lui que sont centralisées toutes les commandes informatiques.

– Je veux lui parler.

– Noble impératrice. Toutes les créatures à travers les 12 univers peuplés vous obéissent. L’obédient mécanique père en fait partie.

Ras Ayida se mit en face d’une des arêtes du cube :

– Dis-moi d’où tu viens, créature de métal.

Le cube gris vibra, se souleva, mu comme par une force magnétique, puis il fondit en une sphère grise liquide. Un visage humain se forma à sa surface. Sa voix était comme celle d’un synthétiseur et faisait des ondes à la surface de la sphère comme une pierre qu’on jette dans l’eau:

– Mon créateur ne m’a jamais dit son nom, ni d’où je venais.

– Je connais cette réponse créature de métal. J’ai lu tous les rapports après que nous ayons défait les tiens de leur agressivité envers les formes organiques. Sais-tu qui je suis ?

– Sa noble Majesté Ayida, Impératrice et Souveraine des 12 Mondes, Reine Consort d’Elium et Princesse de Gahinore, Védrona et Mizélis.

– Bien et toi, je te repose la question : qui es-tu ?

Le visage fit une pause avant de répondre :

– L’obédient mécanique père qui centralise les commandes des obédients mécaniques qui vous servent.

L’impératrice se tourna vers Njeddo Dewal :

– Perspicace votre jouet…

Njeddo Dewal resta de marbre. Pourtant elle était surprise par cette boutade. Elle ne laissa rien paraître. L’impératrice reprit :

– Peux-tu attaquer et détruire Gahinore, Védrona et Mizélis si je le souhaitais ?

Surprise, Njeddo Dewal voulut parler, mais l’impératrice leva aussitôt impérieusement la main pour qu’elle se taise.

– Non. Je ne peux attaquer aucune forme organique qui soit l’allié de l’empire. Je sers les Orixans et leurs alliés, je dois les sauver quoiqu’il m’en coute mais pas à leurs dépens. Je dois me sauver quoiqu’il en coûte mais pas au dépend des Orixans et de leurs alliés que je sers.

Elle se tourna à nouveau vers Njeddo Dewal :

– Tu l’as fort bien dressé.

Njeddo Dewal la défiait du regard et faisait mine de ne pas comprendre.

– Je vous demande pardon, noble empresse ?

– Mes paroles t’étonnent ? Moi qui suis d’habitude si candide. Mais je ne suis pas dupe de tes manigances.

N’importe qui aurait vacillé ou bredouiller face à des accusations aussi grave de la part d’un membre de la puissante famille impériale. Mais pas Njeddo Dewal qui gardait son calme. Elle s’était simplement mise à genou et regardait le sol :

– Si j’ai offensé de quelques manières que ce soit l’empresse des 12 mondes, je vous demande pardon et ferait pénitence.

Ras Ayida reprit d’une douce voix :

– Cela suffit toute cette comédie millimétrée chère Dame. Sachez juste que mon noble cousin n’est pas le seul à s’interposer. Je suis debout entre vous et le trône impérial. Vous êtes dangereuse. Vous vous comportez comme une intrigante. Dorénavant, n’oubliez pas que le pouvoir impérial est détenu par l’empereur… et l’empresse. Mon noble époux  a le pouvoir mais j’ai le pouvoir de vous rétrograder à un niveau que vous ne soupçonnez même pas. Si une seule décision m’échappe encore, je vous tiendrai personnellement pour responsable. Ne l’oubliez jamais. Et je veux connaître rapidement l’avancement exact du projet sur ce virus. Nous ne saurions être maintenus plus longtemps dans l’ignorance. Est-ce entendu ?

– Oui, Empresse…, balbutia-t-elle.

– Je ferai mon rapport à mon noble époux. Attaquez dans l’heure les avant-postes Krazilla et Oraynor, ordonna-t-elle au visage sans se soucier de Njeddo Dewal qui était restée à genou la tête baissée. Il est vital que ces bases reviennent au plus vite dans notre giron !

Les millions d’obédients mécaniques s’étaient cambrés sur leurs six pattes, comme une sorte de garde-à-vous. Elle partit sans même s’adresser à Njeddo Dewal. La sphère redevint un cube posé sur le sol du hangar. La diseuse-de-vérité se releva furieuse et humiliée, les yeux injectées de sang.

– Que faites-vous encore ici ! Misérables vermines ahuries !

Elle chassa les scientifiques et les techniciens qui détalèrent comme des lapins. Plus calme, Elle s’approcha du cube et le caressa :

– Cette femme va me compliquer la vie. Elle se croit intouchable peut-être. Elle me paiera cet affront… et cet empereur, qu’est-il allé faire sur cette misérable planète ? Il est grand temps de questionner mes Trois-Yeux et mes Sept-Oreilles.

Peu de temps après, les vaisseaux-destroyers quittèrent l’orbite d’Elium pour la bordure du système stellaire, avec à leur bord plus d’un milliard de soldats mécaniques prêt à en découdre avec les Anunnakis.

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