CHAPITRE 11: ORSINO SOMBOLI

Orsino Somboli était un homme de taille moyenne. Assez trapu, le haut du crâne dégarni et avec de petits yeux tirés qui lui donnait un air de fouine. Il avait pourtant une assez grande prestance. Il racontait qu’il était d’origine italienne et aimait prendre parfois un faux accent du pays pour amadouer ses pairs. Ce n’était pas un homme désagréable, il était même de très bonne compagnie surtout quand il était accompagné de jolies jeune femmes. Malgré son physique qui n’était pas spécialement attrayant, sa réputation le précédait et il était connu pour avoir fait tourner la tête de nombreuses femmes. Mais à présent, il arborait une alliance à son annulaire gauche qui témoignait qu’il était bel et bien marié. Sur la table de son bureau impeccablement bien rangé était posé le cadre photo de sa petite famille : une femme magnifique à la chevelure rousse flamboyante qui avait l’air bien plus jeune que lui. Elle tenait un gros bébé tout blond et tout potelé qui souriait avec ses deux petites dents de lait. Sûr de lui et intelligent, nul doute qu’il avait également misé sur son élégance et son bagou pour obtenir tout ce qu’il possédait et arriver à la place qu’il occupait.

Il était debout face à la fenêtre qui s’ouvrait sur la nuit noire. Seules les quelques étoiles du ciel, la lumière jaune de sa petite lampe de bureau et l’écran large de son ordinateur venaient éclairer ponctuellement ce décor sombre. Son bureau, celui de la direction générale d’Hexagon Industries, était au 6eme et dernier étage d’un immeuble de verre moderne, de forme pyramidale et à base hexagonale.

Dans la même pièce que lui, à peine visible dans la pénombre, un homme au visage banal, fluet et grand, un mouchoir blanc à la main semblait attendre de lui des instructions. C’était le même homme qui avait abordé et effrayé Agnès quelques jours plus tôt et le même homme qui avait récupéré le petit paquet en carton d’Heinrich.

L’écran informatique était ouvert sur une page où l’on pouvait voir la photo d’Agnès. Elle était accompagnée de tas d’information à son sujet et le mot « alerte », écrit en gros et en rouge, qui clignotait. Orsino s’adressa à une pieuvre téléphonique :

– Docteur Strofimenkov ? Vous êtes toujours là ?

A plusieurs milliers de kilomètre de là, Agnès était resté muette au bout de son téléphone portable. Elle finit par répondre, se demandant toujours s’il s’agissait d’un canular :

– Oui, je suis toujours là, Monsieur Somboli. Je suis, comment dire, surprise par tout ce que je viens d’apprendre et tout cela est tellement soudain…

– Je comprends. Ne vous inquiétez pas, sachez que nous sommes tous passé par là, y compris moi-même.

– Ah ? Ah bon ?

Elle ne savait pas quoi dire d’autres. Elle ne savait pas quelle question posée, elle en avait tellement.

– Docteur, je pense qu’il est tard pour vous comme pour moi-même. Je voulais juste vous souhaitez en personne la bonne arrivée dans notre compagnie. Vous le désirez toujours, n’est-ce pas ?

Elle répondit « oui » précipitamment.

– Parfait, j’en suis heureux ! Nous reprendrons tout cela demain et toutes vos questions trouveront leur réponses très rapidement, vous verrez. Bonne nuit Docteur, reposez-vous bien, vous en aurez besoin.

– Heu Merci, vous aussi Monsieur Somboli.

La communication s’interrompit laissant Agnès seule face à elle-même et à toutes ses interrogations.

Dans le bureau de la direction, une voix, qui articulait exagérément les mots, résonna :

– Est-ce que j’ai réussi, Monsieur ?

– Mon cher Gasper, vous avez échoué. Mais si cela peut vous consolez, vous m’avez fait gagné un pari.

– Mais elle a accepté la proposition, rétorqua-t-il.

– Oui, mais pas le lendemain de votre désastreuse intervention.

Orsino souriait à l’homme qui avait une mine triste :

– Mais ne vous en faites pas, cela ne gâche en rien le fait que vous êtes un spécimen unique.

– Un spécimen, monsieur ?

– Un homme unique, pardon ! Corrigea-t-il.

La bouche de l’androïde fit une drôle de moue. En réalité, c’était sa manière d’exprimer son contentement.

– Vous souhaitez aller la chercher à l’aéroport demain ?

– Oh non, Monsieur. Le terrain, c’est fini pour moi. Elle a voulu m’éperonner avec un coupe-papier vous savez. Mais je ferai le nécessaire pour qu’elle arrive ici sans qu’elle n’ait à se soucier de quoi que ce soit. Et puis de toute façon, je dois revoir le détective pour lui rendre son paquet. Nous avons presque pu en retirer tout ce dont nous voulions savoir.

Orsino éclata de rire :

– Bien, je peux aller dormir sur mes deux oreilles, vous êtes diablement efficace. Bonne nuit Gasper. Je ne vous sers pas la main.

– Non, monsieur, vous êtes plein de microbes.

Orsino riait de bon cœur en sortant de son bureau. « Mon dieu ! Sacré personnage ». Il était précédé de Gasper, l’androïde phobique au mouchoir blanc.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s