CHAPITRE 10: VASSILI PATINE

Heinrich était retourné dans son bureau à Lyon. Il avait interrogé la famille, les autres amis de Pélagie Dekker sans avoir plus de succès qu’avec le petit ami de la jeune fille.

Cependant, il avait eu en sa possession un objet de la plus grande importance pour son enquête : le téléphone portable de Pélagie. C’était une pièce à conviction capitale mais il fallait respecter les procédures pour pouvoir en tirer toutes les infos afin que les preuves, s’il en trouvait, ne soient pas rejetées par la cour de justice pour vice de procédure.

Il réfléchissait. Il se disait qu’il ne pouvait pas attendre et de toutes manières, si jamais il réussissait à coincer ces mystérieux kidnappeurs, ils ne seraient jugés par aucune cour d’aucune nation de la Terre. L’homme à l’accent italien qu’il avait régulièrement au téléphone pour rendre compte de ses avancées dans l’enquête, lui avait bien fait comprendre que ces criminels devaient lui être livrés. Il avait accepté malgré son intégrité et son statut d’inspecteur d’Interpol. Pourquoi ? Parce que cet homme à l’accent italien lui avait appris des choses que jamais il n’aurait pu croire leur existence. Des choses si extraordinaires qu’elles bouleverseraient à jamais le monde. Aussi, avait-il compris parfaitement les enjeux de cette affaire, et mentait délibérément à ses supérieurs en travaillant à leur insu pour une mystérieuse organisation dont le logo était un hexagone et dont le chef n’était autre que cet homme à l’accent italien.

Une voix le tira de ses réflexions :

– Alors détective, qu’est-ce qui vous arrive ? Vous semblez soucieux.

C’était l’homme qui était en Belgique et qui l’avait prévenu de l’enlèvement de Pélagie Dekker. Il était rentré dans son bureau mais l’esprit absorbé d’Heinrich l’avait empêché de s’en rendre compte.

– Vous avez raison. J’ai un terrible dilemme.

– Lequel ? Peut-être que je pourrais vous aider.

Hélas, il ne pouvait rien dire. Il lui répondit juste :

– Ne vous inquiétez pas pour cela, je saurai trouver une solution à mon problème.

– Si vous le dites.

Heinrich prit une profonde respiration comme pour se débarrasser de ses pensées qui le tracassaient et demanda à son interlocuteur :

– Est-ce que vous avez d’autres nouvelles ? Des indices qui nous auraient échappé ?

– Eh bien peut-être… dit-il d’un ton détaché.

– Peut-être ? Vous m’intéressez, dites-moi tout.

– Nos correspondants de Corée du Sud ont retrouvé… du sang.

– Oui, celle de la victime. Nous le savons déjà ça.

– L’analyse ADN a montré qu’il y avait deux types de sang distinct.

– Comment ça ?! s’exclama-il.

– La victime et l’autre personne ont le même groupe sanguin. C’est pour cela qu’ils n’ont pas su tout de suite qu’il y avait non pas une personne qui avait saigné mais deux. Et en plus, les quantités de sang du suspect étaient beaucoup plus faibles. Ils ont eu beaucoup de chance de trouver cet ADN étranger à l’état de trace.

– Incroyable ! s’enthousiasma-t-il. Heureusement que ce jeune coréen s’est défendu. Il nous offre là une chance inespéré d’avancer dans l’enquête.

– Mon cher détective ce n’est pas le plus incroyable. Est-ce que vous êtes bien assis ?…

Heinrich attendait que son collègue parle, mais il ne disait rien, attendant lui-même que ce dernier lui dise qu’il était bien assis et de continuer. Il perdit patience et se leva d’un coup comme s’il était prêt à bondir sur son collègue pour lui extirper les informations. Il cria :

– Parlez, bon sang !

– L’ADN étranger est dans notre fichier, dit-il précipitamment.

Van Holmen n’en pouvait plus. Il s’approcha de son collègue, il le dépassait d’au moins deux têtes. Il chuchota presque :

– Qui est-ce ? Je veux son nom…

– Vassili Patine. Un gars sortit de nulle part qui a été arrêté il y a quelques années près de Vladivostok pour trafic d’antiquité.

– On n’arrête pas et on ne fiche pas les gens parce qu’ils vendent au marché noir des antiquités. Il y autre chose, n’est-ce pas ?

– C’est vrai sauf quand on tue comme un professionnel pour avoir des antiquités qui ne sont pas reconnus comme telles par la communauté scientifique, il y a de quoi se poser des questions.

– Un ancien du KGB ?

– la manière de tuer ne correspond pas aux agents du KGB. Toutes les vitimes avaient semblé mourir de mort naturelle. Mais comme je vous le dis, Vassili Patine est un homme sans passé. Ce n’est peut-être même pas son vrai nom. Aucune trace de l’individu avant son arrestation.

– Attendez une minute… s’il a été arrêté il y a quelques années pour meurtre, il est censé être, à l’heure qu’il est, dans une prison. Pourquoi son sang se serait retrouvé dans une petite ville de Corée du Sud ? Et pourquoi, il passerait de trafic d’objets à des enlèvements sans réclamer de rançon ? Quelqu’un l’a fait sortir ? Il s’est évadé ?

– Vassili Patine a été libéré quelques jours avant l’enlèvement du jeune coréen. Son avocat aurait trouvé un vice dans la procédure.

– Je veux savoir qui est cet avocat et qui le paye !

– C’est en cours mais j’ai déjà un dossier tout prêt, vous pouvez le consulter quand vous le voulez.

Il lui mit une tape dans le dos pour lui exprimer sa satisfaction et sortit presqu’en courant hors de son bureau.

Son collègue tentait de le rattraper en criant :

– Mon bureau n’est pas par-là Inspecteur.

Heinrich se retourna à peine pour lui dire :

– J’ai une urgence ! Je passerai à votre bureau plus tard…

Et il disparut dans l’un des ascenseurs.

Le soir même, il se retrouvait à quelques kilomètres de Lyon dans un parc quasiment désert. Assis sur un banc à l’écart des réverbères, il regardait sa montre et affichait des signes flagrants d’impatience.

– Monsieur Van Holmen, vous avez donc résolu votre terrible dilemme.

Un homme avec une voix étrange s’était assis dos à lui. Il voulut se retourner pour acquiescer mais l’homme anticipa :

– Ne vous retournez pas. Glissez discrètement le paquet.

L’inspecteur s’exécuta. Il ouvrit sa sacoche et en sortit un tout petit paquet en carton. Il le glissa discrètement derrière lui.

– L’homme sortit alors un mouchoir blanc et prit le paquet pour le mettre aussitôt dans la poche intérieur de son imperméable. Il lui demanda :

– Qu’en avez-vous tiré ?

– Pélagie Dekker a essayé d’appeler la police au secours mais il n’y avait apparemment pas de réseau. Mais elle a eu le temps de mettre en marche la caméra de son téléphone. C’est très sombre, on y voit pas grand-chose, d’autant plus que le téléphone lui a été arraché et jeté. Mais on entend plus ou moins bien ce que les ravisseurs ont dit. Un en particulier. Je suis certain que votre technologie pourra améliorer le son et l’image.

– Sans aucun doute, répondit l’homme au mouchoir blanc.

Il voulut se lever mais Heinrich l’interpella :

– Attendez. Vous devez me rendre cette pièce à conviction dans au moins deux jours. Deux jours, pas un jour de plus, vous entendez. Sinon, on se rendra compte que le téléphone a disparu.

– C’est compris Monsieur Van Holmen. Je vous rendrai le paquet demain à la même heure dans un endroit que je vous indiquerai.

– Bien…

Et chacun repartit de son côté à quelques minutes d’intervalle pour n’éveiller aucun soupçon.

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